‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 126 sur 302 · CHAPITRE I. 2a · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. 2a

« l*arinée et dans mon grade. » En achevant ces mois je me levai, prévoyant le mouvement de dëpit avec lequel le Prince s'empressa de me congédier. Depuis , je n'entendis plus parler de lui que pour apprendre et plaindre sa fin malheureuse ,et peut-être prématurée. • Ajoutons ici, pour ne plus revenir sur ce sujet, que plus tard , à une autre invitation semblable , du ministre de la guerre , d'accepter une place de genlilhomme de la chambre, je répliquai pareillement.

Cependant Louis XVIII, plus clairvoyant que la plupart de ses conseillers et de ses entours, quoique trop peu leur maître, avait satisfait l'opinion par sa Charte, malgré ce qu'il y avait d'aventureux dans cet essai d'un gouvernement monarchique sans aristocratie réelle, mis sans cesse aux prises avec toutes les passions cupides, ambitieuses et vaniteuses d'une presse et d'une tribune démocratiques et révolutionnaires. Il avait même rassuré, du moins matériellement, par la conservation des grades et des emplois , une grande partie des restes de l'armée Impériale. Nos maréchaux en étaient naturellement les protecteurs. Il arriva qu'un jour, réunis à diner chez le maréchal Moncey, en récapitulant les noms des généraux, ils s'aperçurent que j'étais resté seul, à peu près, sans commandement. On se récria ; et aussitôt le maréchal Ney me fit dire que, placé tout récemment à la tête de la Vieille Garde a cheval, alors corps royaux cavalerie, il allait me demander pour son chef d'état-major, emploi dont en effet, dès le lendemain, je reçus les lettres de service.

Cette position me convenait d'autant mieux qu'elle me rapprochait de mes plus habitués et anciens com-

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pagnons d'armes. Mais la première instruction qu'on me donna, avec Tordre d'aller, à Blois, Tours et 8au- , mur, passer l'inspection de ces quatre corps, fut d'accorder des congés définitifs à tous ceux qui en demanderaient. Ceci me déplut, me parut hostile. J'y vis un commencement de licenciement que n'avait poirtt aperçu le maréchal. Aussi, quand je fus au milieu de ces hommes d'élite , loin d'obéir : oc Nous avons tous ce besoin les uns des autres , leur dis-je , on ne sait (f pas ce qui peut arriver ; restons donc ensemble ! » Et j'en conservai sous le drapeau le plus grand nombre.

J'agissais ainsi sans intention agressive-contre le Roi, mais défensivement contre l'inimitié de ses entours et de quelques membres de son Gouvernement. Telle me paraissait être la nécessité des circonstances.

Ceci, pourtant, faillit m'engager plus avant que ma conscience ne l'eut permis; tant il importe de n'accepter que des positions où l'on puisse se mouvoir avec une loyauté libre et manifeste : principe, dont, en dépit de nos intérêts les plus légitimes et de nos passions les plus excusables, il faut reconnaître la vérité, quelque difficile que, parfois, en puisse être l'application.

Nous approchions du 20 mars 181 5. Une reconnaissance bien naturelle, des entraînements inévitables , et de dangereux conseils, avaient conduit les Princes à satisfaire les prétentions de ceux dont la fidélité, pendant leur long exil, ne s'était point démentie. Ils s'en étaient entourés, et, pour ne parler <jue de l'armée , ils avaient prodigué les plus hauts grades à une inactive ancienneté. Quant aux plus jeunes Royalistes, ils s'en étaient formé une Garde nombreuse, toute d'ofïi-

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