CHAPITRE I
ciers, de colonels et de généraux, sous les dénominations d*usage avant 1789. En même temps un grand nombre d'officiers de larmée Impériale avaient été réformés ; enfin, répudiant les insignes de nos victoires, ils nous avaient imposé le drapeau sous lequel ils avaient combattu le nôtre.
Je ne contesterai pas au Roi la sincérité constitutionnelle qu'il est impossible d'accorder à ses entours; mais n'était-ce pas, d^ns leurs éléments les plus actifs et les plus hétérogènes, vouloir fondre ensemble et faire marcher d'accord la Révolution et la Contre-Révolution? Elles s'y refusèrent! Celle-ci prétendit dominer et écraser l'autre ! A ces envahissements de grades sans services , si choquants pour ceux dont tant de sang et de travaux avaient payé les mêmes grades, et si menaçants pour leur avenir, de journalières aggravations (1 outrages de toute nature s'étaient ajoutéesl J'en appelle aux journaux, aux propos, aux caricatures du parti dominant de cette époque. L'indignation, l'exaspération de l'armée étaient devenues si violentes, qu'aux Tuileries , parmi les officiers de la Vieille Garde en permission ^ et spectateurs , comnae moi , des revues qui s'y passaient, j'avais peine à en contenir l'explosion.
Ainsi fermentaient nos mécontentements , quand, sur la nouvelle du débarquement de Napoléon, le maréchal Ney me fit appeler, a II partait, me dit-il, pour « son commandement de la Franche-Comté , pour y « rassembler une armée, et pour s'oplposer aux progrès « de la descente. Quant aux corps royaux cavalerie, ft il me laissait l'instruction de renvoyer sur-le-champ « à leur tête leurs généraux, avec l'ordre de les main-
(( tenir dans la fidélité qu'ils devaient à Louis XVllI ! » Puis y en homme tout d'action qu'il était, emporté par l'un de ces élans guerriers dont il n'était pas le maître, il préluda aux paroles ardentes avec lesquelles il allait, s'écria-t-il , prendre congé du Roi à l'instant même !
Leur exaltation m'inquiéta ; je craignis qu'elles ne l'engageassent au delà de ce qui était nécessaire : je lui fis donc observer, que, en outre de ce que devait avoir de pénible à ses souvenirs un pareil engagement , il serait sans doute inutile : que, si les défilés du Dauphiné ne s'ouvraient pas devant Napoléon, il s'y perdrait sans qu'on eût besoin de le combattre ; tandis que, s'il surmontait cet obstacle, rien, au delà du Bhone, ne l'arrêterait !
Cette considération l'ayant calmé, je le quittai pour aller exécuter ses ordres ; mais, en sortant par une porte, je vis entrer par l'autre un personnage qui vraisemblablement m'avait écouté ; ce fut lui dont les excitations, dictées par un sentiment toujours mauvais conseiller, détruisirent l'effet des observations que je venais de soumettre au maréchal.
De là, et tout aussitôt, j'allai rue de la Victoire, dans la célèbre maison du i8 Brumaire, donnée par Napoléon à Lefebvre Des Nouettes. Ce général commandait les chasseurs à cheval de la Vieille Garde. Je ne trouvai chez lui que sa femme. Elle était dans une vive anxiété, que mes questions augmentèrent sans pouvoir en rien tirer. Elle ignorait, disait-elle, où était et ce que faisait le général ; mais évidemment elle soupçonnait un coup de tête, dont, plus que tout autre, il était capable. Dans ce doute, et comme les trois autres gêné-