‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 128 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

raux étaient à leurs corps, je rentrai chez moi pour leur écrire les insCrqctions que j'avais à leur transmettre.

La nuit me surprenait dans cette occupation, quand un général, commandant en second les grenadiers à cheval de la Vieille Garde; vint m'înterrompre. Il entra précipitamment-, puis, sans autre préambule que d obtenir ma parole de taire ce qu'il allait me confier, il m'apprit : « Qu'en ce moment même Des Nouettes, « avec ses chasseurs , marchait sur Paris ; qu'il avait « entraîné des grenadiers en tronjpant leur général « par un ordre simulé du ministre de la guerre ; mais « que, ces deux chefs n'étant point d'accord , infail- « liblement tout allait manquer si je n'accourais pas « me mettre à leur tête ; qu'il venait m'en supplier ; « qu'alors, sûrs de réussir, d'autres corps, les atten- « dant dans Paris, rien ne leur résisterait ! » Il achevait ùes derniers mots, lorsqu'un vieux personnage de l'Empire, mon proche parent, étant survenu, ce général ajouta à voix basse, en me quittant aussi précipitamment qu'il était entré : « Qu'il retournait à son poste, « où il espérait me revoir, mais qu'en tous cas il em- « portait la parole de me taire , que d'avance je lui « avats donnée! »

Je l'iavoue , quelque téméraire que me parût cette révolte, je me sentis violemment tenté par le danger de mes* compagnons d'armes , par leur confiance en moi, et par une même indignation contre tant d'outrages, dont plus qu'eux encore j'avais été témoin! Je n'avais rien à cacher de cette disposition à celui qui venait d'entrer; ses conseils l'excitèrent! Déjà même, rassemblant quelques effets , je m'armais machinale-.

ment 9 lorsque mes lettres de service, signées du Roi, me revinrent à la mémoire! « Non, m'écriai-je ! Ce se- « rait une trahison ! Ce serait tourner contre lui les c( armes qu'il a mises entre mes mains! » Je les jetai aussitôt ; et , demeuré seul , je me mis à réfléchir sur ce qu'il me restait à faire.

Il s'agissait de concilier mon devoir avec une parole donnée et avec mon attachement pour mes camarades. La situation était difficile. Il était minuit. Fatigué d'émotions, ma télé tomhait de sommeil, lorsque Rabusson, chef d'escadron des chasseurs de Des Nouettes, se fit annoncer. « Son corps, me dit-il, venait d'arriver « devant Compiègne ; il s'y était heurté contre un ré- « giment sous les armes, dont on ayait voulu vaineu ment ébranler la fidélité. Dès lors, comprenant le t< danger de sa tentative, et se déguisant. Des Nouettes « avait disparu ! En conséquence ses officiers, aban- 'c donnés à eux-mêmes , venaient de le députer, lui <c Rabusson , pour prolester de leur ignorance des <c projets de leur général, de leur soumission au Roi, <( et pour demander de nouveaux ordres! »

Ici Rabusson, invoquant nos souvenirs de guerre, me pressa d'aller avec lui aux Tuileries. Je m'y refusai, répliquant que je ne voulais pas m'y faire honneur de cette soumission sans l'avoir mérité ; que je préférais rester étranger à celte affaire, comme je l'étais en effet, et surtout au moment où, pour s'excuser, il s'agissait d'accuser un camarade; que je l'engageais, comme son supérieur, à exécuter promptement la mission qui lui était confiée, et, comme ami, a l'accomplir de façon à ce que le lendemain on

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