CHAPITRE V
Un Garde, blessé d'une balle au ventre, se trouvait là; je l'encourageai à me suivre, persuadé qu'il n'y avait plus de chances de salut quede ce côté ; que, entre notre combat et Reims , la terreur avait dû laisser un vide où nous trouverions peut-être un asile.
En effet, l'intervalle entre Reims et le retranchement qui traversait le faubourg était absolument désert. Cavaliers démontés, canonniers, tout avait fui au delà. Notre fortune voulut que, à notre gauche et tout près du retranchement, une maison de bois, composée d'une allée et d'une chambre basse, alors sans portes^ existât encore. Nous y entrâmes sans êlre aperçus. Elle était vide; elle venait de servir de Corps de garde aux Russes. Le plancher eu était, très à propos, jonché de paille. Nous tombâmes dessus fort épuisés. Mon pauvre Garde croyait sa blessure mortelle ; je le rassurai par mon exemple, portant en effet, depuis cinq ans, au même endroit du corps où il venait d'être frappé, une balle espagnole, sans en être trop gêné.
Cependant, en maudissant l'inexplicable inaction des nôtres à la vue de notre charge d'abord si heureuse, nous écoutions, espérant que notre infanterie allait arriver et nous dégager, quand nous aperçûmes, devant la fenêtre qui nous séparait seule de la rouCe, plusieurs ombres passer rapidement. C'étaient les Russes de Rezan qui se réfugiaient dans la ville. Nous comptions qu'ils s'écouleraient sans s'arrêter, mais leurs officiers, abrités par le retranchement, voulurent y tenir. Ils réussirent même à arracher de l'encombrement une de leurs pièces. Nous les entendions
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frapper leurs soldats, les forcer de se retourner, et les exciter à se défendre. Cela rendit notre position •très-critique. Notre vie dépendait d'un seul de leurs . regards, jeté par hasard ou autrement dans notre réduit. Plusieurs fois mon compagnon de péril s'écria : a Us nous voyent, nous sommes perdus ! » Je lui fis . signe de se taire et de se traîner, comme m^i, contre la cloison au-dessous de la fenêtre. La, plus près du danger, mais moins en vue du dehors, nous serrant contre la planche qui nous protégeait, nous nous tînmes immobiles. Nous étions si proches de nos ennemis, que, en rechargeant leurs armes devant cette croisée, leurs coudes en brisaient les vitres, dont les morceaux retombaient sur nous.
La nuit, que nous invoquions, approchait, mais elle arrivait avant les nôtres ; et, si ces Russes restaient maîtres de leur position, ils allaient infailliblement nous découvrir en reprenant possession de notre asile. Déjà l'obscurité était assez grande pour que chacun de leurs coups de feu l'éclairât. Ces lueurs, qui faisaient briller nos armes, nous forcèrent de les resserrer contre nous, pour n'être pas trahis par elles. Pendant plus d'une heure, que dura ce péril extrême, nous eûmes bien des moments désespérés. C'était surtout quand, ces fantassins cherchant un refuge, nous entendions leurs pas s'avancer dans l'allée qui servait d'entrée à notre réduit. Alors nous rassemblions ce qui nous restait de forces pour ne pas être égorgés saAs résistance.
Je me souviens que, dans un de ces instants extrér mes, songeant à la montre d'un grand prix que je