‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 14 sur 302 · CHAPITRE V. Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. Î

portais et que je possède encore, je la cachai, afin de priver nos ennemis de ce butin, et de le laisser du moins à ceux des nôtres qui, trop tard pour nous mais bientôt sans doute, les remplaceraient. Mon Garde m'imita. Cette espèce de legs ainsi préservé, nous nous sentîmes plus résignés à un sort qui nous paraissait inévitable.

T^ jour enfin acheva de disparaître, et peu à peu le bruit du combat s*a(Taiblit. Nous n'osions croire que toute l'infanterie ennemie se fût écoulée ; de nouveaux bruits, d'autres coups de feu nous tenaient en défiance; mais bientôt, fatigué d'une situation si pénible et ne croyant plus qu'à la présence de quelques tirailleurs , je consultai les forces qui nous restaient, je fis bander à mo^ Garde sa blessure, je serrai dans mes vêtements mon bras gauche, trop blessé pour m'en servir, et, nos armes prêtes , nous relevant et marchant Sans bruit, j'avançai la tête hors de notre asile. Un coup d'œil, jeté dans le couloir, m'arrêta d'abord* Un fantassin, l'arme au pied, occupait l'étroit corridor qui servait de sortie à notre retraite; il nous tournait le dos; j'hésitai; puis, me décidant, je courus sur lui en lui criant Qui Fwel et de se rendre. C'était un Français! C'était le premier de nos tirailleurs; il arrivait, et s'abritait des feux de la ville à l'entrée de cette cabane. Nous étions donc délivrés! Il ne s'agissait plus que de remonter le faubourg, que les balles russes sillonnaient encore, mais ce n'était plus là qu'un danger ordinaire. Pourtant il ne fallait pas rester en chemin, et mon Garde blessé m'ayant assuré qu'il pourrait me suivre, nous cou-

rûmes, nous repassâmes sur tous nos débris et nous nous retrouvâmes enfin au milieu des nôtres.

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