‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 131 sur 302 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

subitement dans Paris pour ne plus nous revenir.

Ce chef venait, en homme moins moral qu'habile , de prendre sur-le-champ son parti, celui de s'accom- • modéra la circonstance. Cependant, pour n'être point trop sévère , convenons qu'il ne faut pas juger les hommes d'action dans ces grands bouleversements, comme en des temps moins révolutionnaires; qu'il y faut des hommes de transition. Or, dans ces extrémités, quelle que soit la préoccupation personnelle qui . offusque ceux-ci , il se peut qu'elle leur montre l'intérêt du pays lié aux retournements subits que leur intérêt propre leur inspire.

Bientôt après, Louis XVIII et les Anglais étaient arrivés à Saint-Denis, sur la rive droite, tandis que Blûcher et ses Prussiens, s'en étant follement séparés, étaient passés sur la rive gauche. Ils s'y trouvaient sans autre retraite qu'un pont étroit devant nos débris de Fleurus et de Waterloo. Ces restes étaient respectables : ils présentaient encore cinquante mille hommes et deux cents canons. La veille de ce dernier jour, leur avant-garde, sous Exelmans, avait même écrasé et rejeté par delà Versailles la cavalerie Prussienne. Exelmans venait de rentrer en ligne. Les deux armées se trouvaient donc en présence, en vue de Paris, et sûr la rive gauche de la Seine.

C'était le 3 juillet i8i5. Hélait environ neuf heures. Drouot, toujours tout entier à ses canons , venait de m'appeler pour l'aider à placer une batterie au petit Montrouge. Nous nous étonnions d'entendre les feux des tirailleurs s'éteindre successivement , quand nous vîmes arriver le Prince d'Eckmûlh et les gêné-

raux Grenier et Carnot, membres du Gouveirneiiient Provisoire. Aussitôt Drouot interpella vivement le maréchal sûr la nécessité de soutenir sa batterie, mais il n'obtint d'autre réponse qu'un geste de découragement ; après quoi le maréchal alla s'asseoir sur le revers d'un fossé devant nos canons. Il indiquait assez par là qu'on songeait à tout a,u,tre chose qu'à combattre, ce que le patriotisme de Drouot ne put ou ne voulut pas comprçadre.

Étonné moi-même, je représentai vivement au maréchal la position désespérée de l'ennemi.^ s'il était battu, a Pourquoi ne profiterions-nous donc pas de « cette' journée de répit et de la nuit suivante? Pource quoi ne pas faire prendre, dans nos maisons, « nos meilleurs vins , nos meilleurs vivres? Le len- « demain, dès trois, heures, l'armée, ainsi bien repue^ K bien reposée , ses armes et ses colonnes d'attaque « prêtes aux. débouchés de Neuilly, Saint-Cloud^ « Issy et Montrouge , s'élancerait impétueusement : f< elle refoulerait, elle anéantirait dans la Seine tous « ces Prussiens, surpris dans une position si insolem- « ment aventurée. Après quoi, retraversant Paris ^ « nous chasserions de Saint-Denis les Anglais , trop a faibles pour résister à une armée plus que triple en « nombre, et déjà victorieuse!

<c Oui, repartit le maréchal, un instant ressaisi d'une « ardeur guerrière, oui sans doute , et ce serait par « Neuîlly surtout, en poussant sur Saint-Germain, qu'il a faudrait attaquer. Mais ne voyez-vous pas qu'on ne « peut plus se fier à personne; que chacun traite « pour son compte; que Fouché nous trahit; que là ,

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