CHAPITRE II. 54Î
<r à côté de nous ( et il indiquait de la main le nniou- « lin de Vaugirard), Vandamme lui-même, à la tête ce de la Jeune Garde, est découragé, et qu'il ne veut « plus 'Combattre? » A cela Grenier, s'étant approché, ajouta : « Que risquer, en cas d'échec, de faire prendre a la capitale au milieu d'une échauffourée , ce serait a assumer sur soi une responsabilité trop grande; f( que d'ailleurs on traitait, en ce moment , à Saint- « Cloud avecBlùcher, de la reddition de Paris! »
Dès lors , songeant surtout aux vengeances d'une seconde Restauration, jedemandai si Ton étaitau moins entré dans quelque accommodement pour l'armée , avec Louis XVlII. Sur quoi Carnot s'écria : cf Eh quel « arrangement voulez-vous que nous attendions d'un « Gouvernement dont l'odieuse proclamation, dictée a après Waterloo sur les restes mutilés de tant de <c Français, commence par ces mots : Grâce au Ciel ! « les satellites du Tyran sont enfin dispersés! — Rai- « son de plus, répliquai-je, pour ne pas se laisser re»- « tortiber sans conditions entre ses mains! — Eh que « m'importe? reprit Grenier, je suis resté dix ans chez « moi sous l'Empereur, je puis bien y rester encore tt autant sous Louis XVIII ! — Mais on ne vous y laisse sera point, lui ï*épondis-je ; toute porte doit être « ouverte ou fermée : le Roi est à la nôtre , traitons « avec lui ou battons-nous! »
Nous en étions là , quand un officier arriva : la capitulation de Sain t-Cloud* était signée; l'armée devait partir pk)ur la rive gauche de la Loire. Tous aussitôt se dispersèrent. Drouot, étranger à toute intrigue, revenait en ce moment, préoccupé encore de sa bat-
terie, et me montrant la cavalerie Prussienne à portée de charge. Ma réponse changea son impatience en consternation, a Qu'allez- vous faire? ajoutai-je. » — « Suivre l'armée^ répliqua-t-il après un moment de ré- « flexion ; et vous ? — Oh ! quant à moi, lui répondis-je, ce seul , sans commandement dans cette armée , sans <^ autre espoir pour elle qu'une soumission inévitable, « je rentre chez moi. Je vais y déposer des armes dé- (c sormais inutiles , puisqu'on nous force de renoncer <c à cette dernière et si belle occasion de nous en serce vir ! » Là*dessus nousptant serré la main, nous nous séparâmes.
Je tins parole. Dès que les environs de Paris redevinrent libres, je me retirai avec vous, mes enfants, à Saint-Gratien, dans la vallée de Montmorency, chez le C* de Luçay, mon beau-père. C'est là que, hiver conuneété, pendant sept ans, rendu aux lettres, et vivant surtout dans le passé, j'écrivis l'histoire de Napoléon et delà Grande Arméd en j8iâ.
Pourtant, le lendemain .de cette capitulation, qu'un suprême effort, en terminant glorieu^ment notre carrière, eût au moins pu ajourner ou améliorer, un dernier espoir m'avait attiré à la Chambre des Représentants. J'y arrivais, j'étais déjà au sommet du grand escalier découvert, qui fait face aupont, lorsqu'un ancien militaire , employé dans ce palais , m'arrêta. Il m'apprit la dispersion de cette Assemblée ; il ajoutait que déjà une main fidèle avait soustrait à l'Invasion les trophées ^qu'il se rappelait m'avoir vu rapporter d'Espagne, en 1809; ui^is, s'interrompant : « Ah! mon a Dieu, en .présence d'un tel souvenir, s'iécria-t-il »
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<c voyezy regardez! quelle humilialioa ! » £t dugesle qui acoompagnait cette exclamation , il me montrait le Pont-Royal. Une colonne ennemie en débouchait! Déjà de grands malheurs privés m'avaient assailli et trop abattu peut-être; toutefois j'en étais encore à douter de la vérité de ces évanouissements causés, diton, par la nouvelle d'une infortune inattendue. Mais cette fois, quelque prévue que fut celle-ci > à l'aspect de cette honte, je me sentis défaillir : j'eus besoin, pour rester debout, du secours de cet ancien compagnon d'armes. Ce cruel, cet humiliant spectacle, était, il est vrai, nouveau pour moi, m'étant trouvé blessé et absent lors de la première invasion de la capitale.