‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 138 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

du valet de chambre impérial , jusqu'à celle du ministre ou du maréchal ; d'y porter un système d'interrogations capable de réveiller les souvenirs de ces témoins sur toutes leurs impressions, et sur tout ce qui avait pu caractériser les déterminations des chefs, principalement dans les situations les plus critiques. Alors seulement, pouvant saisir Thomme sur le fait dans tous ces souvenirs vivants, colorés, brûlants encore, appréciés selon les miens et la connaissance que j'avais des passions , des intérêts, des rivalités et des caractères, il me serait permis de commencer.

Ce parti pris, je me mis à Tœuvre. Je parcourus la ville et les champs, passant chez l'un, chez l'autre, une heure , un jour, une semaine, selon Timportance et l'abondance de leurs souvenirs. Je rapportai bientôt chez moi de gros cahiers de notes , portant en marge l'indication du sujet de l'anecdote, sa date, et les noms des personnages de qui je tenais ces renseignements.

Voilà pour les matériaux nécessaires à la création du livre. Mais j'ai parlé dé celle de l'auteur, dont il fallait m'occuper simultanément. Il y avait là beaucoup à faire. Et d'abord, je n'avais jamais bien su ma langue par principes. Je l'étudiaî, je m'en fis, à tous propos, donner des leçons parles gens de lettres de ma connaissance. L'un des moyens que j'employai fut d'écrire dans plusieurs journaux des articles littéraires, et de les soumettre., après l'impression qui fait ressortir les fautes , à une critique sévère et raisonnée. Parmi ces essais , je citerai un résumé de la session de 1816, dont la forme nouvelle était peut-être remar-

quable, mais qu'un style défectueux empêdta sans doute d'être remarqué. < •,

£n même temps j'étudiai nofs livres dlristoire mo* derne restés célèbres ; quelque fût leur méritei^ il m'inspira peu. Quant aux clasBiques, tels que Sallusle, Tite- Live, Bossuet, Montesquieu^ je m'échauffai au génie de ces grands hommesysaos^: toutefois^ oser commeacer moi-même. Je n'étais pa^entièrementsatis&it; je cbep* chais toujours, j'espérais trouver un guide plus en rapport avec mon sentiment intérieur, lorsqu'enfin.Tacite, quej'avais^seul^oubliéy me revint à la mémoire I A celte lecture, saisi, trainsporté d'enthousiasme, 'je reoonnus le type de perfectiqn que j'avais rêvé; je criai de ravissement : Voilà mon oeuvre ! Mais qqel^le entreprise ! Ressusciter de. notre passé la plqs remarquable époque, la transmettre , toute pleine de chalem*, de couleui*' et de vie j à l'avenir, l'immortaliser ! inspirer enfin , dans deux mille ans, ce,qu'après vingt siècles me fait éprouver Tacite ! Tel ftvt cependant le but que j'envisageai, et l'essai que j'osai tenter ! •

Ainsi décidé, honteux du temps que j'avais perdu, je pris en. aversion toute lecture; à mes amis des worceaux choisis que je composais. , Je jméprisai, comme une puérile et dangereuse faiblesse, ce besoin vaniteux d'applaudissements partiels, et de louanges éphémères, cette recherche vaine et ,empressée de succès prénuturéa. Je crus même devoir, quelque maître en histoire que fût mon père, ne pmnt recouriir.à ses conseils, convaincu que nul n'est digne de tenter la Postéiité, s'il n'a foi en soi , et s'il ne sait, n'ose , ou ne peut se juger lui-même!

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