CHAPITRE Vï
Déjà leurs bivouacs étaient établis. L'un de ces feux, le plus élevé, le plus brillant, l'un des plus rapprochés du combat, nous servit de guide. Nous y arrivions quand iine voix, brève, sèche et impérieuse, me fit tressaillir : c'était l'Empereur ! Ce feu était le sien. Il me reconnut et m'interpella aussitôt. Son attitude était agitée , presque convulsive ; sa figure, sévère et bronzée, comme lorsqu'elle renfermait quelqu'irritation prête à éclater.
Il était seul ; son impatience d'entrer dans Reims était extrême. Il venait de redoubler, de multiplier ses ordres d'attaque, poussant à gauche, par Saint- Brice, la cavalerie de sa Garde ; à droite, par Hirson ou Cormontreuil , celle de Bordesoulle; et en face, sur le faubourg d'où nous sortions, l'infanterie de Ricard et l'artillerie du Duc de Raguse. Il voulait que, en dépit de la nuit, on franchit la Vesle; qu'on enfonçât la grille de la ville ; que, en même temps, on s'emparât, par ses ailes, des routes de Berry-au-Bac et de Châlons , afin de cerner l'ennemi dans Reims et de s'en saisir.
On a blâmé ses emportements de cette soirée, dont moi-même j'eus à souffrir. On les a attribués à l'humeur d'êlre forcé de bivouaquer si près de Reims,