‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 142 sur 302 · CHAPITRE V. îeS · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. îeS

je à leur sacrifier de ce que je croyais la vérité? MojQ public à moi , mes seuls juges , n'étaient-ce pas ceux non dix dix-neuvième mais du trente-septième siècle? Ajoutons que ce but exclusif, si lointain , me préservait d'un autre danger : il m'ôta cette hâte si funeste qu'on a de produire pour jouir du succès de son travail , et me laissa tout le temps de perfectionner.

Gela est si vrai, que j'évitais, que je dédaignais même de lire à qui que . ce fût un seul des passages dont j*étais le plus satisfait, tant je voulais rester, exclusivement, en présence du public à naitre et si éloigné que j'avais en vue! De là , neuf ans après, ma répugnance à consentir à la publication de mon ouvrage. 11 y avait plus de deux ans qu'il était achevé et renfermé au fond d'un tiroir, comme un legs à la Postérité! De là encore, à la veille de celte publication, et à Tapparition presque simultanée d'un livre sur un sujet semblable au mien, l'effroi dont je fus saisi! ff Mon Dieu! m'écriai-je ; si *** a cru devoir s'im- « poser de pareils ménagements , quelles doivent être « les passions du jour? Quel effet va produire sur « elles ma sincérité, et à quelles inimitiés va^t-elle « donc me mettre en butte? » J'eusse reculé, je crois, s'il n'eût été trop tard , car je corrigeais alors ma dernière épreuve.

Mais j'anticipe. Pourquoi abréger? Pourquoi craindre de trop m'appesantir sur le travail de cette composlUon , sur ma transformation d'homme de guerre en homme de lettres? Ces détails, ce récit fidèle, cette espèce de cours pratique de littérature , est-il donc

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sans intérêt? Ne peut-il pas même avoir quelqu'utilité pour vous, mes enfants^ comme pour de jeunes historiens à venir, dont le succès de mon œuvre, s'il doit me survivre , exciterait un jour et fertiliserait lambition?

Cependant prenez-y garde. Ici l'ambition ne suffirait pas. Non, mes amis; et, de même que c'est la piété vraie , celle qui aime Dieu , c'est-à-dire la perfection pour elle-même , ' qui fit la grandeur des Saints célèbres; pareillement, quoique dans une voie différente, pour atteindre à une véritable renommée, il faut , avant tout , aimer son art pour lui-même f L'art vient du Ciel ; son culte peut seid nous rendre créateurs ; lui seul produit les chefe-d'œuvre ! tandis que , sans lui , l'émulation , l'amour du bruit et de la louange, vanités terrestres^ loin de suffire, n'inspirent que des œuvres sans grandeur, sans feu sacré, froides d'égoîsmel Héros, auteurs, artistes, justement célèbres, â vous fûtes grands, si vous êtes devenus modèles , ce ne fut point par l'amour seul de la gloire , ce fut, surtout, par l'amour sincère, pur et passionné, du grand, du bon et du beau , de la perfection dans votre art enfin , qu'il ait été celui de la guerre, celui des arts ou des lettres , ou celui du gouvernement des peuples!

Mais que de conditions indispensables pour un grand succès, pour une renommée littéraire solide et durable! Et d'abord : moralité ferme et éclairée, ou, si l'on veut, justesse et élévation d'esprit et de cœur; respect du public et de soi-même ; vue continuelle des juges qui ont le droit d'être les plus exigeants;

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