‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 148 sur 302 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

CQ voyage, chez les anciens compagnons d'armes que y toujours plein de mon sujet , j avais recherchés et rencontréjs. Com])ien d'expressions éloquentes, de traits <le lumière jaillissaient de ces entretiens! récits animés qpmme Taclion elle-même, si pittoresques, que je croyais voir plutôt qu'entendre , et si enflammés , que leurs auteurs, s'y échauflant de plus en plus, me semblaient finir eux-mêmes par croire bien moins raconter qu'agir encore.

Mon œuvre ainsi bien nourrie et de toutes paris éclairée , quand le premier livre fut ébauché, et les autres , classés et préparés , je compris que la partie philosophique et historique la plus curieuse, la plus importante, devant surtout venir de l'intérieur de la lente Impériale , il fallait choisir, pour y pénétrer enlièrement, le témoin le plus assidu et le plus capable, celui dont les relations avec l'Empereur, pendant cette expédition, avaient dû être les plus intimes et les plus fréquentes; en qui je lui avais vu le plus <le confiance, et qu'il avait chargé de la plus lourde responsabilité. Que si le bonheur voulait que je reconnusse en même temps dans ce personnage une ferme et loyale moralité , un esprit observateur, juste, sévère, laborieux, enfin un homme d'État, un homme de lettres, un historien même renommé, il fallait surle-champ, par respect pour la plus entière vérité des laits intérieurs, .pour les mieux apprécier, et pour en compléter le nombre, lui soumettre mon récit.

Ce parti pris , j'allai aussitôt et sans hésiter chez M. le Cf Daru. J'y arrivai déjà riche de mille renseignements obtenus des autres Ministres, des grands

officiers y des maréchaux et généraux, des aides Je camp , des quatre secrétaires intimes de Napoléon , de ses médecins, maîlres d'hôtel et valets de chambre, enfin de mes propres observations et de celles de M. Daru hii-méme. Ce ministre était lié dVnailié avec mon père, son confrère à TAcadémie Française; j'avais déjà profilé de leurs entreliens. Sa place dans . mon livre était donc marquée d'avance; et comme elle devait s'agrandir de Tappui que je venais lui demander, j'avais lieu de compler sur son obligeance.

L'œuvre lui parut la mériter. Dès lors, aussitôt que chaque livre fut fini, je vins lui en faire la lec- Uire, écouter §es observations, puis recueillir, dans une conversation de plusieurs heures, profondément raisonnée et disculée, sur tout ce qui devait faire le sujet du livre suivant , tous les renseignements que lie manquait jamais de lui fournir sa mémoire heureuse.

C'est ainsi que, pendant plusieurs années, et de liNre en livre, j'accomplis mon œuvre. Mais ce qui est singulier, c'est que, pendant des rapports aussi longs et aussi fréquents avec cet Acadénncien, je n'obtins de lui aucune observation , pas un seul mot d'éloge sur la forme et sur le style de mon livre ; en sorte que^ lorsque ces lectures cessèrent, je le quitt^ii ma conscience satisfaite pour le fond , puisque nous nous étions mis d'accord sur les faits et sur leur appréciation, mais ignorant complètement son opinion quant au mérite littéraire de Touvrage.

Ceci fera comprendre la surprise que j'éprouvai trois ans plus tard, en 1 823 ou 1 824 . L'Empereur élaîl

Page 1