‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 16 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

et de ne pouvoir dater de ce jour-là même, et de cette ville 9 le, bulletin de sa victoire* Mais l'Empereur, quoiqu'il ignorât encore les détails qu'on vient de lire, n'avait, comme on l'a vu, que trop de raisons d'être mécontent de l'ensemble et du résultat de cette affaire. Il sentait que ce corps Russe et Prussien, surpris et privé de son chef, aurait dû ne point échapper à notre attaque; il. s'obstinai( à en ressaisir les restes; il voulait, surtout, prévenir dans Reims l'ar- . rivée possible de Blùcher, dont l'inaction n'était guère concevable; il avait hâte, enfin, d'y couper la communication des deux grandes armées ennemies, et d'y tendre la main à la division qu'il avait appelée de nos citadelles. D,e là son irritation; elle croissait avec la nuit, j'en fus victime.. « D'où venez- vous? me ce dit-il. — Du faubourg. Sire! » £t j'allais m'expliquer, quand lui , sans me laisser achever, me pressa de questions sur la position, sur les forces de l'ennemi, sur l'exécution de ses ordres d'attaque»

Hors de .combat depuis deux heures, je ne pus satisfaire sa préoccupation. Elle était si vive, et le temps marche si vite à la guerre, que je crus hors de propos le récit de notre charge et du danger auquel je venais d'échapper. Je me laissai donc brusquement congédier. J'étais d'ailleurs pressé d'aller me reposer au feu voisin, où ses aides de camp m'ac« cueillirent.

Ils m'entourèrent; j'étais l'un de leurs plus anciens compagnons ; la place même de Gouverneur des Pages, que j'occupais, me donnait le droit de servir, comme eux, d'aide de camp à l'Empereur; je me trouvai

ao LIVRE HUITIÈME.

donc là comme en famille. Us me recurent en con* séquence; et moi, à peine échappé des mains des Russes , heureux <le ce changement de fortune , en*core animé par le combat , par le péril, par Tindignation de la perte des miens , je m'épanchai en dis* cours ardents sur les coups que je les avais vus por* ter, sur les résultats obtenus, et sur l'abandon dont nous avions été les victimes.

Tout entier à ces diverses émotions et au besoin de • les exprimer, j'avais remis, à la fin de mon récit , de parler à Ywan de mes blessures, dont je souffrais peu en ce moment, quand, derrière moi, le secrétaire d'Ideville, voyant pendre à mon coude un galon de ma pelisse, que, en perçant mon bras , la balle avait entraîné au travers de cette blessure, le tira, en me demandant d'où venait cette déchirure. Un cri de douleur, qu'il m'arracha , lui répondit ! « Vous êtes if donc blessé? me demanda-t-on. — Sans doute rea pris-je, j'aUais vous le dire; j'ai reçu deux coups de et baïonnette, une balle, et je crois que j'ai le bras « cassé, ou quelque chose de semblable. — Eh, que ne ' a parliez-vous donc? » s'écria Ywan, en accourant pour me soutenir, car la douleur que d'Ideville venait de me faire éprouver me portait au cœur, et j'allais perdre connaissance.

On se souvient peut-être que les soins d'Ywan, chirurgien de l'Empereur, m'avaient, à Sommo-Sierra, sauvé la vie; il s'y intéressait, et, s'emparant de moi, il me conduisit, près de là*, dans un moulin transformé en ambulance. J'y retrouvai beaucoup de mes pauvres Gardes. Ywan, à ma prière, en pansa quelques-*

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