CHAPITRE VIL
la joie que •j'éprouvai; une préoccupation , toujours la même, me dominait. Ce succès présent, au milieu des témoins des faits tracés dans mon œuvre, suffisait41 pour confirmer l'ambitieux espoir du succès à venir, qui seul m'avait soutenu dans l'accomplissement d'un si long travail? La première condition de ce succès posthume, dans un âge aussi lointain, était-elle obtenue réellement? J'osai l'espérer. Or, et selon l'avis de mon père, cet espoir ne pouvant se fonder que sur l'opinion de mes contemporains, compagnons ou adversaires dans le grand drame que j'avais décrit, qu'on ne m'accuse point de tro^ d'orgueil, si je crois devoir publier plusieurs de leurs attesta lions sur l'exacte vérité de mon récit. On trouvera donc à la fin du 2® volume de la campagne de 181 2, celles qui me furent alors écrites par les secrétaires intimes, les aides de camp, les ministres, les généraux de l'Empereur, par sa Fille adoptive même, et d'autres témoins. Quant aux: témoignages ^verbaux, me refusera-t-on le droit de citer à l'appui des précédents ceux qui suivent , qui les complètent , et que je vous laisse , mes enfants , comme une des meilleures parties de votre héritage? et d'abord ces paroles du célèbre général Foy et de M . le C® de Champagny , ministre des Affaires Etrangères de Napoléon, quand ils me rencontrèrent, l'un chez Saint-Aulaire , l'autre aux Tuileries : « Ah général ! s'écria le premier, vous avez coulé « en bronze tous ceux dont, avec tant de vérité , vous « avez parlé ! — Monsieur, me dit le second , je ne « vous avais poiùt revu depuis qu'à si juste titre , et « en étant aussi vrai , vous êtes devenu célèbre ! »
Un troisième personnage, un officier Prussien, aUaché au Roi Frédéric Guillaume, se fit, un matin , annoncer chez moi. « C'est moi. Monsieur, me dit-il, « qui ai fait au Roi la lecture de votre livre; je viens (( de sa part. Il m'a expressément recommandé de (c ne point quitter Paris sans vous avoir dit, chez vous (c et à vous , qu'il vous remerciait de l'équité et de c( l'impartialité avec lesquelles vous aviez rendu jusf( tice à son peuple et à lui-même! »
Ceci, joint à la chaleur des éloges de cet officier, me fît comprendre celui de monsieur Cousin, que jusquelà j'avais crû exagéré. Ce savant Philosophe, à son retour de Berlin, où, sur quelques soupçons politiques, il avait été inquiété et même arrêté, était venu me témoigner sa reconnaissance. Il disait avoir dû sa délivrance à la sensation extraordinaire produite dans Berlin par l'apparition de mon ouvrage , et que tous les voyageurs français en Prusse en avaient alors été protégés.
J'ajouterai encore , mais en l'abrégeant beaucoup , le récit suivant que je retrouve sous ma main. 11 est signé Hippolfte Prévost, sténographe distingué de nos Chambres, et témoin de la scène qu'il raconte.
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a Monsieur, permettez- moi de ne point vous laisser ignorer une scène remarquable qui vient de se passer aujourd'hui à la Sorbonne , et c[ui doit vous intéresser. M. Saint-Marc-Girardin, notre professeur, venait de comparer l'histoire de Charles XII par Voltaire à votre histoire de la Grande Armée en 181:2. Voulant justifier, par une citation, sa préfé^ renée pour le style descriptif de votre ouvrage , il