‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 152 sur 302 · CHAPITRE VII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. i

avait choisi y dans le chapitre ii du 9*"*^ livre, 2*"* volume , le morceau commençant ainsi : a Le 6 novembre le Ciel se déclare!... » et qui finit par ces mots : ce d'une armée mourante au milieu d'une na- « ture morte ! »

<c Pendant la lecture de ce tatleau déchirant, nous remarquions, à Taltération de la voix du professeur, la vive émotion qu'il éprouvait ► 11 s'efforça d'abord de la surmonter; mais chaque ligne peignait un .nouveau désastre , chaque mot redisait un dernier soupir de notre Grande Armée expirante , et bientôt, ses regards cherchant vainement k se faire jour à travers sçs larmes, et ses sanglots entrecoupant sa voix, il fut forcç de s'interrompre. Dans son trouble, il ne s'était pas aperçu que son émotion était devenue contagieuse; en sorte que, lorsqu'il esisaya quelques excuses, sa voix fut couverte de longs et vifs applaudissements. Il ^recevait ce témoignage d'une sympathie universelle , quand un vieil officier, décoré , se fit jour au milieu de nous. Échappé lui-même au désastre de 1812, il sanglotait, il rendait hautement honumage à la vérité du récit qu'il venait d'entendre, et serrant dans ses bras notre prof(esseur, il le remercia; il vous remerciait aussi de. ce touchant tribut de douleur pubHque à ses compagnons infortunés, s'écriant qu'il n'y avait pas, qu'il ne pourrait jamais y avoir de leçon d'histoire plus éloquente 1 »

Mais arrêtons-nous, car quelques précautions qu'on puisse prendre, le récit des succès d'autrui n'intéresse guère, surtout lorsqu'il vient de celui qui en a joui ;

le lecleiir, en ce cas , mettant à lire d'autant moins de complaisance que lauteup en met plus à raconter. Terminons donc ces souvenirs par celui d'un autre fait, alors bien connu. Quant à celui-ci, si je mets à le rappeler un triste orgueil , comment pourrait-on me le reprocher?

C'était, je le crois, un i®' janvier, dans le Salon de la Paix , aux Tuileries , lieu devenu pénible à nos souvenirs Consulaires et Impériaux, mais où le C® de Lobau et moi nous étions convenus de venir, une fois l'an, rendre au Roi, chef de l'armée, notre homma<i;e militaire. J'attendais là, appifyé contre une console, près d'une croisée donnant sur la cour, quand madame la Dauphine, s'approchant et s'arrêtant subitement , attacha sur moi un si triste et si long regard , qu'elle semblait avoir oublié l'assemblée nombreuse qui l'entourait. Évidemment émue , elle parut , plusieurs fois, au moment de m'intei^peller. Puis, l'arrivée du Roi Charles X l'ayant entraînée, elle disparut.

Jusque-là, et peut-être à cause de l'ancien attachement de ma sœur pour elle, cette Princesse m'avait accueilli avec une telle expression de mécontentement, que je m'étais cru le droit de cesser de m'y exposer. Surpris de ce changement, j'en demandai à l'une des personnes de sa Cour l'explication. « Quoi ! ne le sa- « vez-vous pas? me répondit-elle. Ignorez-vous que, en « lisant votre récit sur l'infortuné Prince de la Mos- « kov^a pendant la retraite, elle s'est écriée à plusieurs a reprises : Mon Dieu ! pourquoi ignorions-nous tout if cela ? Que d'héroïsme ! Pourquoi monsieur de Ségur

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