‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 153 sur 302 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ainsi le succès allait croissant. Mais ce bonheur (levait avoir sa compensation. Il n'y en a guère qui en soit exempt, et Ton est toujoyrs plus ou moins roué sur la roue de sa Fortune ! C'est aux succès littéraires surtout que ceci peut s'appliquer : brillants en dehors, ils ont, comme la robe de Déjanire, leur envers empoisonné; et ce venin , c'est souvent la jalousie ou l'envie qui le distille.

Convenons toutefois, pour ce qui me regarde , que la bonne fortune de mon œuvre m'attira peu de ces inconvénients ; mais il y en avait un qu'elle rendait inévitable. C'était, parmi tant d'acteurs de mon drame , le mécontentement de ceux qui eussent voulu y être cités ; et cela , sans égard pour les proportions d'une histoire que leurs prétentions, satisfaites, eussent changée en un interminable et inlisible bulletin.

J'appris donc qu'une voix ennemie , entre quelques autres, s'élevait insidieusement ; que, m'attaquant par le côté le plus sensible dans un historien , sa véracité, elle niait, sous prétexte de défendre l'Empereur, la vérité d'une circonstance importante dont j'avais parlé. Voici le fait. Incontestablement la victoire si lointaine

de la Moskowa n'avait point été assez décisive. On se souvient que j'en avais attribué l'une des causes à de certaines souffrances physiques de Napoléon. Celte assertion non-seulement était conforme à la vérité^ mais se trouvait être, en même temps, une excuse favorable à la renommée de l'Empereur. Je ne compris donc pas pourquoi l'un de ses partisans , qu'alors je croyais sincère , démentait ce fait dont j'étais certain.

Ah! si l'Empereur eût été vivant encore, j'aurais si bien conçu le motif d'une semblable dénégation , que je -n'eusse certes pas publié mon œuvre : tout affaiblissement, même physique, avoué dans Napoléon, pouvant nuire à l'ascendant qu'il conservait. Ce n'est pas que j'eusse le moindre espoir de la possibilité de son retour; mais il m'eût suffi de lui supposer celle espérance , ordinaire consolation de tout exil , pour ni'inlerdire toute révélation qui eût pu la contrarier. Or, depuis trois ans Napoléon n'existait plus! Dès lors pourquoi celte dénégation mensongère? pourquoi ce maladroit et aveugle ou faux étalage de dévouement? J'en ai découvert, depuis, le triste motif, et j'en conserve, en dépôt, toutes les preuves. Je l'ignorais alors ; mais , averti de l'agression , il fallait m'en préserver.

J'allai donc chez les docleurs Yvan et Mestivicr, l'un chirurgien , l'autre médecin de l'Empereur en 1812. On a vu le texte des notes qu'ils me remirent. Elles sont aussi curieuses qu'explicites. Néanmoins je prie que l'on se rappelle sici quelques autres renseignements sur ce sujet. On pourra les remarquer

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