‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 157 sur 302 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

soit, s*étant distingués, ont déjà quelque chose à perdre? Est-ce un reste de respect pour nos lois égales envers tous , et après lesquelles il n'y aurait plus que vol et pillage , où les derniers d'entré eux les éclipseraient? Je ne sais, mais depuis trois mois, malgré Tivre^e du succès , nul de ces milliers d'ouvriers inaitres des rues, n'ose, sur un seul de nous, violer, autrement qu'en paroles, les droits de tons, ils tremblent autant qu'ils font trembler : soit que notre masse, armée, de propriétaires fonciers et mobiliers leur im- |)ose encore; soit que leurs chefs, avant de franchir ua dernier pas, avant de rompre avec toute civilisation, manquent encore de cette énergie du crime que donne, bientôt ensuite, ou la peur d'être puni ou rimpunité.

En attendant, ces bandes parcourent sans cesse ^ sous un prétexte quelconque, les rues, les boulevards^ un drapeau en tête, vociférant La Marseillaise y un chant des Girondins , ou les chants les plus atroces de 93. Leurs femmes, leurs filles, soldées aussi, les imitent avec une impudence dégoûtante : armée du mal^ promenant effrontément dans Paris sa joie menaçante, et triomphant de 1^ désolation des gens de bien !

Ces manœuvres de terreur ont été préparées, dans les soirées de la veille , par d'infâmes clubs , où tout lien de famille est réprouvé ; où la propriété est traitée de vol; où l'existence de Dieu, mise aux voix, ne passe qu'à une faible majorité ! On y prêche ouvertement le pillage , le meurtre et l'incendie , et d'autant plus impunénient, que le Préfet de police lui-même. Représentant du Peuple , repris de justice , et assassin , est

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leur prolecleur. Ce sont là ses moyens de gouvernement!

Aujourd'hui pourtant, i5 mai i848, malgré le rappel j soit que le péril de la veille blase sur celui du lendemain, ou que j'eusse été trompé précédemmeni par des alertes fausses, j'ai voulu m'assurer de la cause de celle-ci. Je suis donc sorti, sans armes, pour en juger. Il était une heure. En approchant -du lieu de rémeute, je n'ai guère vu plus de sept à huit mille ouvriers, comme moi sans armes. Ils couvraient de leur désordre le pont et les avenues de la Chambre des Représentants. La plupart n'avaient rien d'hostile. Ces machines obéissantes croyaient n'avoir été amenées là que pour crier f^ii^e la Pologne ! Évidemment , de même qu'on les conduisait au mal, d'autres, presqu'aussi facilement, eussent pu les conduire au bien.

Mais il n'en était pas de même de certains groupes plus rapprochés de la grande porte du Palais. Ceux-là étaient en communication avec les chefs du complot et quelques centaines de leurs plus enragés clubistes, déjà maîtres de la Chambre, à laquelle ils dictaient leurs volontés. C'est à l'impatience et aux exclamations de ces groupes de l'extérieur que j'ai pu juger de ce qui se passait à l'intérieur. A chaque nouvelle qui leur était transmise, leur joie furieuse éclatait en propos atroces : La guillotine en permanence et à domicile} Trois jours de pillage ! A bas les propriétaires ! Fiife la République sociale et démocratique! Telles étaient leurs vociférations.

Je suis resté trois heures au milieu de ces nusérables, étonné de letir petit nombre , indigné de leur effron-

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