‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 165 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

efïbrcé de soutenir le nom que je portais, et Tune venait heureusement de remplacer l'autre, quand celle-ci m'avait manqué.

Cet avènement littéraire vint à propos me conspler de plusieurs dégoûts dans mes souvenirs guerriers les plus honorables. Et par exemple, le jour même, je crois, ou le lendemain de cette élection, j'étais allé m'en réjouir chez mon ami le général O® de Lobau. Je l'avais trouve à la fenêtre de son hôtel, rue de Bourgogne, en face du Palais des Députés. Là, tous deux accoudés sur son balcon , après qu'il m'eût félicité , nous devisions , quand , m'interpellant : « Parft dieu ! me dit-il , ce n'est donc pas en plaisantant « que l'on vous nomme l'un des quarante Immortels ! « Sans cela, seriez- vous aussi insensible aux coups re-

« doublés qu'on vous porte en cet instant? Quoi !

ff pas même un cri d'indignation, alors qu'on vous

c défigure! Eh! tenez, voici votre tête qui vole en

« éclats!.... Vous ne comprenez pas?.... Elle n'est « pourtant pas si dure, car, pour achever de la briser, « ces deux . derniers coups de ciseau viennent de ff suffire! »

Pendant qu'il parlait ainsi, je l'interrogeais des yeux. Que voulait-il dire? Quelle plaisanterie bizarre ! Et le O^ de Lobau s'amusait de mon étonnement , lorsqu'enfin il me montra sur un échafaudage, de l'auti^ecoté delà rue, un ouvrier qui s'efforçait d'effacer,rà grands coups de son outil, l'un des bas-reliéfs, ornements extérieurs du Palais des Députés. Le général m'a'ppi'it que cette sculpture me représentait apportant au Corps Législatif, après mes blessures de

Sommo-Sierra, les drapeaux Espagnols. J'ignorais que les arts eussent consacré ce souvenir; on ne ni^ l'avait point fait remarquer, et, sans en avoir joui, je n'apprenais l'existence de ce bas-relief qu'au moment même où , sous mes yeux , la Restauration le faisait détruire!

Quelque philosophiquement que je dusse supporter cette atteinte, après tant d'autres coups bien autrement hostiles à nos souvenirs de gloire, je l'avoue, je n'acceptai pas cette nouvelle injure sans amertume. J'en appelai, pour l'adoucir, aune autre gloire , à celle des Lettres! Je me promis, si le temps me le permettait, de refaire plus solidement peut-être, dans des Mémoires, ce bas-relief. J'osai même songer à mettre ces souvenirs personnels sous la. protection de l'immortelle et grande vie à laquelle s'était si longtemps rattachée la nôtre. Mais , en me préparant dès lors à cet immense travail, enfin achevé, j'allais être distrait de ma colère par une autre préoccupation.

Rarement la joie d'un avènement à l'Académie Française n'est exempte d'un mélange d'inquiétude. Il reste à courir la chance d'une réception , d'un discours et d'un jugement publics. Plusieurs de nos plus grands devanciers, soumis à cet usage , s'en acquittèrent sans paraître s'en être beaucoup préoccupés. Leurs chefs-d'œuvre parlaient assez pour eux. Mais depuis, nos mœurs différentes , la nouvelle forme de notre société, ses tribunes publiques, le développement de la Presse , un concours littéraire plus nombreux, une habitude, un plus grand besoin d'émotions , ont rendu plus exigeant. Devant un pu-

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