‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 166 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

blic ainsi disposé, et devenu aussi nombreux, compose de rinstitut et des hommes et femmes de Lettres de tout Paris, accourant tout exprès pour vous écouter, comment, sans une insouciance d'amour-propre presqu 'impolie ou, du moins, bien singulière dans Km auteur, ne point attacher une grande importance k cette épreuve?

Ajoutez à cette considération le prix que la famille et les amis de l'Académicien auquel on succède, mettent à l'éloge que l'on doit à sa mémoire ; la juste 4Jttente de la Compagnie dans laquelle on vient d'entrer, qui, dans cette occasion , a le droit d'espérer un nouveau lustre du confrère qu'elle s'est choisi, et Ton jugera de l'anxiété du récipiendaire partout ce qu'une pareille solennité lui impose.

D'autre part , lorsque la critique seule amuse, comtnent, durant une heure entière, prétendre intéresser par un éloge? C'était un écueil. Je crus l'éviter, et satisfaire à tout, en commençant et en finissant exclu- Mvement, mais fort brièvement, par cet éloge. Quant au fond du discours, comme alors la République des Lettres était en proie à une guerre intestine entre deux partis, les Classiques et les Romantiques y je saisis cet àpropos. J'imaginai de poser mon prédécesseur en juge de ce grand débat; je lui supposai mes convictions. Favorables aux Classiques, elles n'étaient point exclusives d'essais innovateurs, qui respecteraient les principes éternels fondés sur le bon sens , le bon goût et la conDaissarïce du cœur de l'homme , mais elles repoussaient toute atteinte à la correcte , à l'élégante et pure clarté d'une langue désormais fixée par tant de chefs-

d'œuvre, devenue presque universelle par ses qualilé§ , et que le premier devoir de l'Académie était de défendre et de conserver.

Telle fut la pensée de mon discours de réception à l'Académie Française. Il fut accueilli par la Commission préparatoire à l'unanimité. Le surlendemain, 29 juin i83o, le public confirma ce jugement. Voici ce discours. On verra s'il méritait réellement le succès qu'il obtint dans ces deux épreuves.

a Messieurs,

a Le bonheur d'un candidat, parvenu à l'honneur de siéger dans cette enceinte; la reconnaissance d'un fils que vous n'avez pas jugé indigne de s'asseoir ici près de son père ; la crainte si naturelle, après une si grande faveur, de ne pas paraître assez la mériter; enfin la douleur d'occuper la place d'un oncle qui, dans sa tendre et peut-être aveugle indulgence, avait exprimé le désir d'avoir son neveu pour confrère, que de sentiments à la fois! Et quels accents, dignes d'être entendus de vous, pourront sortir du désordre de tant d'émotions si diverses?

« Mais l'une d'elles. Messieurs, domine les autres en ce moment : c'est le profond regret d'une perle si récente; c'est le besoin d'en retracer l'étendue. Pourtant, s'il est vrai que louer soit juger, et qu'ainsi décerner un éloge suppose une espèce de supériorité, comment oser se faire le panégyriste ou le juge de l'être qu'on respecte? J'essaierai donc seulement de vous rappeler la vie de M. le Duc de Lévis; et, dans

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