‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 167 sur 302 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

cette circonstance, si raconter est louer, ce sera à THistoire et non a THistorien que vous devrez attribuer cçt éloge.

a Fils d'un maréchal de France né pauvre , et dont le mérite avait fait toute la fortune, Gaston- Pierre- Marc, Duc de Lé vis, sentit de bonne heure tout ce que sa naissance lui imposait d'obligations, sentiment qui lui dicta, depuis^ la meilleure de ses maximes : Noblesse oblige]

« Entré fort jeune dans la carrière des armes, la paix fatigua son esprit, qu'enflammaient l'ardeur d'apprendre et le besoin d'admirer les grandes choses et les grands hommes. On sait qu'alors, pour contempler la gloire de près, il fallait aller un peu loin. Il semblait qu'elle se fût exclusivement fixée à Berlin et à Pétersbourg : et ni la distance , ni l'appréhension de se trouver en face de colosses d'autant plus imposants qu'ils étaient alors sans comparaison , ni les liens si étroits de la discipline, ni même ceux du devoir filial ne purent retenir le jeune Duc de Lévis. 11 fit une de ces fautes rares qu'on peut citer sans crainte de les rendre contagieuses , et ne reparut en France qu'après avoir mesuré, sur les lieux mêmes, les pas des trois plus grands Personnages de son siècle : ceux de Catherine, de Frédéric et de Pierre-le-Grand.

« 11 revenait riche d'observations, qu'il avait puisses aux meilleures sources de l'histoire, quand le Bailliage de Senlis le nomma Député à l'Assemblée Constituante. La Révolution, commencée dans les esprits depuis longtemps , éclatait alors. Dans cet instant si difficile de la transition d'un ordre de choses

à un autre 9 M. de Lévis ne fut pas de ceux qui, s'iinmobilisant, se laissèrent dépasser par le temps, qui est le plus mobile de tous les êtres.

« Placé entre deux générations , dont Tune se retenait opiniâtrement au passé , tandis que l'autre se lançait aveuglément dans l'avenir, il fut à la fois tout ce qu'il devait être : l'homme du passé, l'homme du présent, et celui de l'avenir. Toute sa vie fut ainsi. C'est pourquoi, jeune il plut à l'âge mûr, et vieux^ à la jeunesse; se gardant bien d'être exclusif comme celle-ci, qui ne regarde qu'en avant, ou comme la vieillesse, qui ne regarde qu'en arrière, c'est-à-dire chacune du côté où elle peut se voir elle-même davantage.

« Tolérant sans indifférence, il excusait : d'une part, ces esprits inconsidérés qui s'imaginent que les hommes et les choses s'arrangent aussi facilement que les mots dont ils composent leurs utopies^ et de l'autre, ces têtes opiniâtres où il semt>le que, par une pétrification d'une nouvelle espèce, les idées, aient pris une consistance presque matérielle.

<( Cette libéralité de sentiments inspirait encore M. de Lévis trente ans plus tard. Messieurs, lorsqu'ici même vous l'entendîtes s'écrier : ce Gloire et recon- •c naissance éternelle au sage Monarque qui a détruic « pour jamais le germe des affligeantes dissensions! La « Proifidence ^ ajoutait encore M. de Lévis, a fait « enjfin luire sur la France le jour fortuné ou furent «c posées les bases d'une Charte^ dont le but est la pros- « périt é de tous; dont les moyens ^ consacrés par V ex- « périence, n^ont rien cP illusoire ni de captieux. Eh-

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