CHAPITRE XL 3tl
« comment (vous disait-il encore dans une autre cirft constance), la liberté^ la publicité des discours au- « rait-elle pu effrayer On Prince généreux et loyal ^ « dont la sollicitude paternelle ne veut rien ignorer de « ce qui intéresse ses sujets , et qui veut connaître leurs c< sentiments^ comme il désire qu'ils connaissent les « siens? »
« M. de Lévis fut donc toujours le même. Aussi , lorsqu'en 1789 il fit noblement à son pays les sacrifices juges utiles, ce fut avec réflexion, avec dignité et mesure, et en les subordonnant à une Constitution , que dès lors il voulait semblable à celle qui nous régit
depuis i8i4«
« S'il eût été cru , nous eussions donc commencé par où nous avons fini. Mais alors tous les genres d'intérêts, toutes les passions étaient aux prises; et dans cette tourmente fatale à tous, M. de Lévis, tantôt s élançant au-devant de sa destinée, tantôt la subissant, quelquefois Tépée, plus souvent la plume à la main, fit partout honorer en lui le nom Français. Il scella de son sang Taccomplissement de ce qu'il regardait comme un devoir.
« Libre enfin, quoique toujours expatrié, il se réfugia dans l'étude des Sciences et des Arts. La Société Royale de Londres l'admit à ses séances. Alors , tirant (Tune position forcée tout le parti possible, il parcourut attentivement l'Angleterre, étudiant le lieu de son exil , sous les nombreux et intéressants rapports qu'offre cette métropole de l'industrie humaine à Tobservateur digne de l'apprécier. Le livre où il consigna ses observations fut reconnu pour Tun des
mieux écrits et des plus instructifs dont ce pays ait été le sujet. Sa préface elle-même parut un modèle de bon goût, de jugement, et de ce respect consciencieuxqu'unauteurdevraittoujoursavoirpourle public.
a C'était alors le temps des actions gigantesques et des hommes extraordinaires. L'un d'eux revenait de cette Egypte, où devait successivement s'accomplir le pèlerinage de gloire des trois plus grands Capitaines que le temps ait montrés au monde. Réunissant tous les partis dans sa main victorieuse, il venait de renverser en France les barrières de l'exil. M. de Lévis put donc, à la suite de la religion , de l'ordre et des lois, rentrer dans cette France toujours regrettée. Dès lors , tout entier à la littérature , et nous rappelant à la fois deux auteurs célèbres, il publia des Lettres Chinoises ^ et ces Maximes claires, concises, profondes, plus variées peut-être que celles de son ingénieux devancier, et qui en soutiennent la comparaison.
•r II y joignit ces Essais^ où il nous fait voir comment la découverte des armes à feu adoucit les mœurs, égalisa les droits et recomposa de grands Etats : égalisation de droits , parce que, au travers des châteaux forts et des armures de fer, le canon tua la Féodalité; recomposition des grands Élats, par la destruction de cette Féodalité qui les divisait; adoucissement des mœurs , parce que l'invention des armes à feu finit le règne de la force physique, acheva d'établir celui de la force morale, et, plaçant les combattants à une grande distance les uns des autres,. arracha de leurs cœurs l'acharnement, la fureur, la haine, résultais des combats corps à corps.