‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 169 sur 302 · CHAPITRE XL 3Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL 3Î

« Arrivé à celte conséquence d'un ordre élevé , la vue de M. de Lévis s'étend de plus en plus. Il parcourt les hautes régions de la politique, et renlrant, par un sixième ^'.y.ya/, dans sa première proposition, ce n'est pas seulement à l'invention de la Poudre , à celle de l'Imprimerie, au génie de Richelieu, qu'il attribue la victoire de la Monarchie sur la Féodalité; c'est encore à ces attraits toujours si doux et si puissants des Dames Françaises, à leur constant empire sur ces Chevaliers qui, dans les combats et les tournois, se sacrifîaient pour obtenir d'elles une couronne, un regard, un gage de gloire et d'amour! Il dit comment, attirés et retenus par leurs charmes, et s'occupant plus désormais à obtenir leurs faveurs qu'à les mériter, ces guerriers renoncèrent à leur indépendance, à leurs châteaux forts, à leur existence de Souverains, et comment enfin ils abandonnèrent tant d'avantages pour une Cour Suzeraine, où toutes les grâces réunies captivèrent ces Vassaux redoutables, que d'autres armes' auraient été plus longtemps à soumettre.

« C'est par de tels travaux , Messieurs , qu'à tous les biens dont on peut hériter M. de Lévis montra qu'il joignait ceux dont on n'hérite pas. Il avait perdu les titres des uns, et il ne devait les retrouver un jour que fort altérés; mais ceux des autres étaient indestructibles : ils traversèrent intacts les révolutions, Turent confirmés par le temps, et l'auteur du livre des Maximes^ le peintre habile de ces portraits dont la touche est si ingénieuse , le conteur aimable et enjoué, qui If premier fit rire Mousseline la sérieuse,

riiistorien de F Angleterre du dîx-neuvième siècle, celui de l'oppression de Tltalie y enfin Torateur, à la fois économiste et législateur, vint, au milieu de vous, joindre ses titres à ceux de cette ancienne et illustre Société y Tune des plus incontestables gloires delà France !

«c C'est là j Messieurs, que , plein de reconnaissance pour les Lettres, auxquelles il devait tant, il donna l'exemple d'un respect constant et scrupuleux pour l'élégance , pour la pureté du langage et pour les saines doctrines de la littérature ; doctrines saines à ses yeux parce qu'elles ne lui paraissaient nullement exclusives, parce qu'elles sont larges., et toujours prêtes à adopter et à consacrer toutes les innovations qui ne blessent ni le bon goût, ni le bon sens, ni les règles d'un langage qu'il regardait comme impossible de jamais fixer, si tant de grands et sublimes écrivains n'avaient pu le faire.

<r Son génie observateur et flexible , en remarquant la direction générale et nouvelle des esprits, ne s'étonnait pas de voir la jeunesse (i), devenue plus sérieuse, être aventureuse, et avide de succès en politique comme jadis en galanterie; delà voir souvent donner quelque ombrage à de certains Gouvernements, comme autrefois à plus d'un ménage. Mais quoique l'expérience de M. de Lévîs fût indulgente par la même raison que sa science était modeste , plus sévère en litléra-

(i) C'était le moment où une faction déjeunes littérateurs prétendait s'affranchir de toutes les règles reçues, changer les formes du langage, les règles de la versification, Torthographe, nos mœurs littéraires, et faire sifBer enfin Voltaire et surtout Racine.

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