‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 181 sur 302 · CHAPITRE Xlil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xlil

un but plas pervers encore ! Nieront-ils : que, dans les faubourgs du Temple et Saint-Antoiné/où nos efforts avaient enfîn circonscrit leur agression , ils aient rempli de vitriol leihrs pompes à incendie ; qu'ils se soient eflbrcés de consumer, à Taide d*un si odieux moyen, la caserne de ce dernier faubourg et leurs braves ciéfenseurs; que, au feubourg du Temple, ils aient dirigé les jets dé cette liqueur corrosive contre nos attaques; que , '^itre ces deux faubourgs, nous ayons saisi sur eux des cartouches qu'avec une infâme préméditation ik avaient trempées dans ce poison, dont était imprégnée la serge fixée sur leurs balles ?

Voilà comment ces découvertes si utiles aux métiers dont ils vivaient, et quils devaient à notre société civilisée, ces forcenés, les tournant contre elle-même, les ont transformées, pour la détruire , en d'infernales et barbares inventions !

Quant à la fin qu'ils se proposaient , leur fuite , la dernière nuit de ce combat et sur le dernier boulevard où nous bivouaquâmes , a laissé tomber entre nos mains, avec l'une de leurs proclamations, la preuve de l'horrible but de leur révolte* En voici quelques passages :

La Constitution de 93 !

Comité de Salut Public : Caussidière , Barbes , Louis Blanc , I^hu-Rollin!

Cinq cent millions pour les ouvriers !

Cinq jours de pillage pour les combattants !

Cinq cents têtes à notre cboix !

Cependant, tout vaincus qu'ils sont, tout réprouvés

qu'ils soient, en ce moment, par la France entière , tous, jusqu'aux prisonniers restes entre nos mains, nous bravent encore! Mais ce qui est plus menaçant, c'est que jusque-là beaucoup des ouvriers de la capitale étdient restés attachés à l'ordre , et six semaines de désordres de plus et d*excitalions de la Presse viennent de suffire pour que plusieurs d'entre eux soient devenus plus ou moins complices d'une Jacquerie Siu^i criminelle! Voilà avec quelle effrayante rapidité, et à la faveur de l'abus de nos libertés, ce mal se propage!

Ainsi nous voilà revenus à des temps plus odieux que ceux du Bas-Empire ! Car, ici, les Barbares ne viennent plus du dehors, ils naissent , ils pulluUent dans notre sein : ce sont nos compatriotes , ils surgissent du milieu de nous ! Est-ce donc là l'inévitable résultat des progrès de cette civilisation dont on est si fier? Jrbre de Science , à la fin comme au commencement du monde, sont-ce là tes fruits? Quelle dérision! et dans quel cercle vicieux tourne donc ce monde?

Après tout , pourquoi nous en étonner? Pourquoi se révolter contre la loi universelle? Dans cet Univers tout n'est-il pas mortel , tout périssable , les sociétés comme l'homme, comme son histoire, comme le globe qu'il habite, et le soleil même qui l'éclairé? Mais n'en combattons pas moins jusqu'à la fin, c'est notre sort! D'ailleurs tout cecj n'est peut-être encore qu'une leçon; le terme fatal de notre société si vaniteuse, si irrespectueuse et sans croyances, n'est peut-être pas encore arrivé. Enfin , puisque nous ne pouvions descendre plus bas, et que le combat vient de nous réussir, espérons que, ayant touché du pied le fond de l'abîme,

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