‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 182 sur 302 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Reprenons donc, le fusil d'une main encore, puis- ([u'il le faut, et la plume de l'autre, notre travail si violemment interrompu. Que vous disais-je? Nous eu étions à cet autre juin i83o! Je vous expliquais pourquoi nies souvenirs d'intérieur sous la Restauration , et ceux même politiques et littéraire^ me semblaient liors de propos. J'aurai tout dit en effet, et trop peutêtre, quant aux premiers , en vous rappelant que les trois ou quatre années qui suivirent le succès de mon histoire de 1812 furent aussi heureuses que je pouvais le désirer. Je vivais alors au milieu de la société la iiieilleure et la plus aimable, reste ou issue de celle de 1 ancien grand monde où je vous avais choisi une seconde et véritable mère ; mon père , ma mère et vos deux frères existaient encore. Dans mon bonheur, (et y en a-t-ilsans aveuglement?) je ne prévoyais pas que ces quatre vies si chères allaient s'éteindre avant ou avec la Restauration ! C'est assez vous dire combien le jour de ma réception publique à T Académie Française, où manquaient ces êtres chéris, les uns déjà morts, les autres mourants, je méritais peu l'envie , souvent aussi bien aveugle, dont peut-être on m'honora.

Quanta mes autres souvenirs de cette Restauration, ne me demandez rien sur elle; mes antécédents m'en

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ont tenu trop éloigné pour que je puisse me croire le droit d'en résumer ici Tliistoire. Vous vous rappelé/, qu'en i8i5 je m'étais retiré sans emploi à Sainl-Gralien. Plus tard, quand le maréchal Saint-Cyr m*avail appelé dans le corps d'Étàt-Major, la sagesse de Louis XVIII, puis les commencements de Charles X^ Tamour des Lettres et le temps, avaient amorti mes répugnances. Résigné, intéressé à Tordre, j avab repoussé plusieurs offres conspiratrices. J'avais également évité tout service actif, hors celui du Comité d'Etat- Major et l'inspection de l'Ecole de cette arme. C'est ainsi qu'en i823 j'éludai la guerre d'Espagne, d'où vint que le maréchal Duc de Reggio, qui prit pour une injure personnelle mon refus d'être son chef d'état-major, faillit, l'épée à la main, m'en demander raison.

Mais, à ce propos, voyez s'il est vrai qu'il n'y ail point, en ce monde, de prédestination; jugez si la mienne n'était point d'être homme de Lettres, et^ je me plais à le croire, l'historien de Napoléon et de notre Armée. En eflet, il avait été jusque-là contre tous mes principes de refuser un emploi de guerre. Celui-ci était de plus, comme on le voit, assez difficile à décliner. Puis, rien d'absolu ne me retenant à Paris, où j'étais alors peu occupé, mes chefs et amis me sollicitaient d'entrer en campagne, Guilletninot entre autres, nommé chef d'état-major général de l'armée d'Rspagne. Il insistait; il me répondait du succès de Tentreprise. « Ce ne serait, me disait- il, qu'une marcf che militaire. Les prêtres, les couvents nous appe- « laient; toutes les montagnes étaient pour nous.

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