‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 185 sur 302 · CHAPITRE XV. 'ruB · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 'ruB

riages enviés j'avais ainsi vu tourner d aillant plus mi* sérablement ! Malheureux amis! en croyant avoir fixé leur avenir, ils s'étaient perdus dans ce port devenu, par la tourmente des passions qu'ils y avaient apportées, le plus déchirant de tous les écueils.

Effrayés de ces exemples, ou plutôt entraînés par un caractère et des goûts différents , plusieurs autres compagnons de ma jeunesse, d'un esprit plein d'agréments, avaient soigneusement évité tout engagement sérieux, et dédaigné les liens qui en résultent. C'était, ii est vrai pour la plupart, de ces esprits légers, papillonnant à la surface de tout, ne produisant, ne moissonnant que des fleurs, incapables, dans toute carrière utile, de conduire, de se conduire et d'êlro conduits. Leur vivacité paresseuse , aclivenient fulilc et inconstante, s'était cru le droit de ne faire de celle vie de travail, pour tant d'autres si pénible , qu'une longue jouissance, qu'un perpétuel amusement. Ils ne s'étaient même donné la peine de plaire dans le monde des plaisirs honnêtes, qu'autant qu'il avait faUu pour s'y plaire eux-mêmes. Leur philosophie avait consisté à se distraire de cette vie, dont, à leurs yeux, l'ensemble n'était qu'une suite de morls continuelles : mort d'enfance; mort d'adolescence, puis de jeunesse, enfin d'âge mûr. Jusque-là, pourtant, ils avaient subi, sans se décourager, ces deuils divers. Mais quand, déshérités de tout noble souvenir, il n'était plus resté à mourir en eux , que la vieillesse , cette part si longue d'une vie si vide , quelques efforts qu'ils fissent pour s'en distraire, dépourvus d'appuis dans le passé et dans l'avenir, je les \ oyais, échouant au port, suc-

d«U LIVRE PREMIER.

comber à ce désolant isolement qu'ils s'étaient créé.

A côté de ceux-ci j en plus grand nombre , et par trop d'attache à des succès d'amour-propre mondains, que de ruines funestes! de déconsidérations jusqu'au ridicule, et de fins prématurées! Hommes de faste ou de galanterie vaniteuse , combien peu de vous surent s'arrêter! Combien s'efforcèrent, l'un par delà son dernier écu, l'autre par delà son âge viril et jusqu'à son dernier souffle, de paraître ce qu'ils ne pouvaient plus être ! Ainsi l'un hâte la chute de sa fortune pour en dissimuler l'ébranlement, et l'autre sa mort pour paraître moins mortel , ou pour cacher qu'il meurt 4|uelque chose en lui.

Dans une voie toute contraire, dont le point de départ avait été la plus laborieuse et célèbre de nos Écoles , je crois voir encore ces hommes d'élite devenus bizarres; gens d'une nature plus ou moins faussée pour avoir été saturés à l'excès de sciences exactes, à l'exelusion de toute étude poétique ou littéraire, et de toute éducation religieuse ou d'une sage philosophie ; esprits roidis par l'oi^eil de la science , voulant à tout appliquer le calcul, et le mettre à la place du sentiment. Les voilà bien, quand l'imagination en eux ne dominait point ; mais y dominaitelle, qui de nous n'a vu les plus égarés de ces Polytechniciens, devenir, de bonne foi. Fourrier isleSj Sninl- Simoniens et Communistes? C'est ainsi que, s'échauffant à ces rêveries systématiques jusqu'à tout y sacrifier, et reniant l'origine providentielle des instincts conservateurs de la propriété, de la société, de la famille, de la maternité même,- ils ont voulu y substituer leurra-

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