CHAPITRE XV
tionalisme. Oh! Babel! Oh! folies d'un Irop libre arbitre ! Ils prétendirent reformer ces lois de nature, au lieu de s'efTorcer de les bien comprendre, afin de mieux s'y conformer ; orgueil d'excès d'instruction sans assez d'éducation. Insensés! ils méconnaissaient, dans ces sentiments primitifs, dans ces instincts universels , le souffle de Dieu lui-même , qui a , ainsi , donné un nécessaire et premier branle au monde moral, comme, dans ce monde matéi:iel , il a donné l'impulsion à toutes les sphères pour qu'elles roulent chacune dans leur orbite!
Il n'en était point ainsi de nous, qu'on ne peut certes pas accuser d'avoir abusé de notre libre arbitre dans notre jeune âge ! Non , mais tout au contraire, ce qu'on nous reproche, c'est que, dociles aux premiers et nobles élans donnés par un grand homme , nous l'ayons suivi avec une trop aveugle ardeur jusque dans ses emportements. Dans cette course à la gloire, quelle émulation de labeurs et de privations, de faligues et de périls! d'où vinrent sans doute tant de grands faits accomplis, mais aussi tant de carrières briséesavant terme, et malheureusement tant de bornes morales ébranlées, lesquelles, retombant sur nous, finirent par tout écraser. Voie d'honneur et de gloire en deçà ; voie de perdition au delà ! Mais dans notre France , qui n'abuse? De quoi n'abuse-t-on pas? Quel abus n'y rejette dans l'abus contraire? Et c'est ainsi que, en y poussant tout à l'excès, on y gâte tout!
G)mment oublier, à ce propos, tant de fins cruelles d'existences publiques, dont je fus témoin depuis 1 789? Et d'abord, celles de ces premiers Nobles libéraux ((ui
périrent en voulant fonder la balance de trois Pouvoirs dans un pays où il n'en restait plus que deux, depuis que ces généreux utopistes s'étaient sacrifiés, avec le principe aristocratique, à l'esprit révolutionnaire. Puis, coup sur coup, les chutes de ces niveleurs déchaînés, Girondins et Montagnards, descendus tous dans le crime à divers degrés, et s'arrachant, à coups crémeules et d'échafauds, leur brutal Pouvoir éphémère et démagogique : odieux et honteux abîme, d'où nous releva, jusqu'au faîte de la plus grande des gloires civiles et guerrières, le Génie de la Dictature !
Aprèç celle-ci, quand la paix et la liberté revinrent, ce fut le tour de ces guerriers, hommes tout d'action, qui succombèrent à leur inaction forcée, soit tragiquement, soit autrement, n'ayant pu s'y résigner. Puis, lorsqu'aux excès de coups d'épée ceux d'une faconde passionnée succédèrent, vint le tour de ces hommes tout de paroles ambitieuses, lesquels, se disputant à tout prix le gouvernement d'un peuple qu'ils rendaient ingouvernable , sont tombés ensevelis sous les débris de leur Tribune, qu'ils décréditèrent, et dont ils ont, deux fois en un demi-siècle, amené Técrouleitient.
Que de déceptions! et non-seulement individuelles, mais générales. Notre nation elle-même, voyez, aujourd'hui lo juillet i848, de quel sommet d'orgueil et de gloire elle est descendue! Naguère encore, dans les premières années de ce siècle , fière de son grand homme, elle marchait en tête du monde entier; et la voici ne donnant plus que le triste et hu-