CHAPITRE XV
iniliant spectacle d'insensés , ivres de passions , tourbillonnant sur eux-mêmes , et ne marchant ^ au hasard et dans tous les sens, que de chute en chute!
Est-ce donc que, lorsqu'un héros semble avoir porlé une nation au faite des gloires humaines , cette élévation a été pour elle plus apparente que réelle? Serait-ce que l'ascendant superstitieux auquel ce grand homme Ta soumise , a plus enchaîné qu'élevé les intelligences qui la composent? En effet, qu'est-ce que ia Grèce après Alexandre? Rome, après César? L'Empire, après Charlemagne? La France enfin, après Napoléon? On envie le bonheur de posséder d'aussi divins Génies , et la prééminence qu'on en reçoit; on ne voit pas qu'une nation ainsi privilégiée en est la plus éblouie; que, exî\ltée d'admiration et de reconnaissance, elle abandonne son libre arbitre; qu'elle ne voit phis que par les yeux de ce Génie; qu'elle ne met plus sa gloire, comme son bonheur, que dans son obéissiince; qu'ainsi, de toutes les nations subjuguées, la conquérante se trouve en réalité la plus conquise; d'où vient , lorsque l'Etoile disparait, que, ayant été trop conduite , elle se retrouve , à la fois , et la plus orgueilleuse, et la moins capable de se conduire.
Triste revue rétrospective de nos temps révolutionnaires : temps difficiles , où l'on ne peut se préserver de faillir qu'en s'annulant; où les seuls irréprochables ont été ceux qui ne furent d'aucun parti par sagesse, quand tant d'autres, où furent successivement de tous les partis par faiblesse, ou bien, se passionnant pour un seul, lui ont tout sacrifié! Car enfin, qui de nous est sorti de tant d'épreuves la conscience entièrement
satisfaite? Tant il est vrai qu'en ce siècle , plusquà toute autre époque j ceux qui ne firent rien furent les seuls qui ne commirent point de fautes^ si, toutefois y ne rien faire n'en est pas une.
Fatigante époque , à la fois propice et' funeste à toutes les gloires ! Longue tempête , où les plus habiles à tendre leur voile au vent n'ont apparu sur le sommet de la vague , dans l'éblouiiisant éclair, que pour disparaître au bruit de la foudre qu'il annonçait infailliblement !
Durant ces soixante années, combien de ces hommes ]
d'action , bientôt dépassés par l'action elle-même qu'ils croyaient avoir domptée, sont retombés roulés et noyés dans le torrent révolutionnaire, destructeuip de tout homme et de toutes choses ; accumulation de chutes , conséquences de ces sortes d'origines , loi de nature : la durée de la vie étant généralement en raison de la croissance, toute élévation subite étant éphémère ; le Ciel paraissant avoir voulu qu'il en soit de ceci comme de l'existence de toute créature, celle qui croît vite mourant de même; et que tout conniiencement rapide soit suivi d'une fin prompte.
Je n'ai point mission, comme le plus grand de nos historiens chrétiens, de montrer la main d'en haut partout présente. Mais, comme lui, je crois en Dieu! Qu'il puisse y avoir cause sans effet , on le conçoit ; mais effet sans cause, non. Or l'Univers, n'étant qu'effet, dit tout entier qu'il y a cause; que Dieu est cette cause, le reste effet; et que l'effet prouve la cause!
Ma conscience, pleine de cette vérité, en accepte