‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 188 sur 302 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

les conséquences. Historien, je les reconnais dans toute THistoire. Il semble même, sous Tascendant de la morale chrétienne, que plus les peuples progressent, que plus ils s'éclairent , plus cette main d'en haut se montre évidente. Je la vois surtout, de nos jours , dans l'histoire du plus puissant, peut-être, des Génies qui soient sortis des mains du Créateur. Là, tout est grand , tout est manifeste : la mission ! l'exaltation ! l'expiation! Expiation douloureuse, qu'il nous faut bien reconnaître dans l'écroulement de ce Colosse, auquel nous avions cru si solidement attaché notre destin et celui de l'Europe entière! Hélas! de tant de mécomptes dont j'avais été témoin , celui-là sans doute fut le plus cruel. Combien, surtout, me fut pénil^le la pensée de tout ce que dut souffrir la fierté si légitime de ce vainqueur, de ce dominateur de tant de Rois, par eux, à son tour, reoversé du plus haut de tous les Trônes et relégué sur ce rocher solitaire, où l'antiquité n'avait certes pu lui offrir un seul exemple d'une destinée aussi haute et d'une fin aussi déplorable! Aucun rapprochement, nulle similitude ne l'avait donc soutenu dans son infortune ! Son grand cœur n'avait pu s'appuyer que sur lui seul ; et, dans ce malheur sans comparaison, la philosophie chrétienne seule avait pu l'aider à soutenir une aussi dure et si longue épreuve!

Espérons, croyons que cette philosophie dut suffire à son courage ! Et en effet , quoiqu'il soit vrai qui[^ jamais, comme en lui, tant de divers génies, dans des proportions aussi extraordinaires, ne furent réunis en un seul homme; quoiqu'il soit encore vrai que

jamais fortune humaine n'ait atteint une aussi grande élévation, et ne soit tombée d'une chute aussi profonde, si Ton compare les plaies de l'ambition antique déchue à celles de l'ambition moderne, de combien ces douleurs païennes devaient être plus poignantes ! combien plus inconsolable l'orgueil abattu du Héros antique ! Aux yeux de celui-ci , cette terre, dont le sort ou ses fautes le forçaient d'abdiquer la domination, était le centre de l'Univers. Il croyait à l'éternilç de ce monde terrestre, où tout, jusqu'à son ambition, était divinisé, qu'il avait pu remplir tout entier de sa gloire! Le Ciel même en était à sa portée; ses passions en étaient les Dieux, Divinités au rang desquelles il pouvait prétendre, il y en avait eu des exemples! Voilà de quel faîte il était tombé!

Eh bien , en comparaison d'une chute pareille, que peut être celle du Héros chrétien, quelle que soit l'illusion dont son orgueil ait pu s'enivrer au sommet qu'il a su atteindre? Se sachant faible et mortel, habitant de l'un des milliards de globes semés dans l'espace infiai de l'Univers, que peut être à ses yeux sa grandeur terrestre si éphémère, en présence de l'éternelle immensité d'un Dieu unique, et de cette multitude de mondes incommensurables? Au lieu de pouvoir songer qu'il a rempli de sa gloire toute la Création, il sait que ce n'est qu'une parcelle, qu'un atome de cet Univers, qu'il à pu occuper de sa renommée. Bien loin d'aspirer au Ciel par cette renommée , comme le Héros antique , il sait encore que c'est par l'humilité seule qu'il y peut prétendre. H sait même enfin que cette terre, jadis immortelle et

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Mère des Dieux, n'est plus qu*un êlre uiorlel cl c|ui emportera, dans le cataclysme de sa fin, et ses liabîtants et toutes leurs gloires!

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