‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 189 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Je méditais pareillement, militaire inactif, distrait des lettres par de douloureux soins de famille, et froidement soumis à la Restauration , quand je vis tout à coup , dans les mains imprudentes de Charles X, sa légitimité se briser contre celle de la Charte , à la fin de juillet i83o.

J'en fus témoin, je ne puis oublier comment.

J avais déjà perdu mon troisième fils; je venais de quitter le lit de douleur de mon second fik mourant, pour courir à Metz, au secours de mon fils aine, tombé dangereusement malade à l'École d'Artillerie de cette ville. J'y arrivai à temps : Terreur d*un médecin le laissait périr ; je m'en aperçus; et, l'ayant sauvé comme par miracle, je le ramenais convalescent à Paris, lorsque, tombant inopinément au milieu des feux des deux partis, je crus que mon mauvais sort, s'acbarnarit contre moi, m'avait fait amener là, comme pour le perdre , ce fils, le seul qui me reste, et que, au prix de tant <1 angoisses , je venais de préserver.

Mais quel spectacle! D'un côté toute la population; de l'autre, la Garde Royale seulement. Quelques régiments de l'armée flottaient entre deux, entraînés dans la révolte ou plutôt dans cette révolution, car c'en était une évidemment! Déjà tout en avait pris l'aspect. Nous étions rentrés dans Paris avec la Seine. On nous avait débarqués sur le quai opposé à la place de Grève, Nous venions de nous réfugier dans une maison dont les balles frappaient les murs, quand on annonça la prise de l'Hôlel-de-Ville par les insurçés. Aussitôt, et de toutes les fenêtres de ce quartier, un applaudissement unanime s'éleva. Les dames les plus élégamment vêtues agitaient .leurs cbâles; riches comme pauvres, tous criaient de ravissement : ce fut un universel enthousiasme !

Dans le quartier Saint-Jacques, que nous traversâmes ensuite, même ardeur, même unanimité : locataires, propriétaires, tous, sans hésiter, jetaient aux barricades leurs plus lourds, leurs plus riches meubles!

Arrivés dans le faubourg Saint-Germain, nous y remarquâmes, dans la rue du Bac, un singulier contraste. Le calme de la plus parfaite indifférence semblait y régner. Toutes les habitantes des rez-de-chaussée, chassées de chez elles par l'extrême chaleur du' jour, filaient, cousaient et causaient, paisiblement assises devant leurs portes, au bruit du canon et de la fusillade, comme en pleine paix. On les eût dit entièrement étrangères à cette lutte qui pourtant rugissait, furieuse, autour du Palais-Royal, et dont on entendait les coups à quelques cents pas d'elles 1

Le faubourg Saînt-Honoré , où je demeurais, était de

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