‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 190 sur 302 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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même. Tels sont toujours plusieurs quartiers de Paris dans ces bouleversements révolutionnaires : calme trompeur, 4ont il faut se défier quand rinsurrection se prolonge; quand on ne s'e.st pas empressé d'en écraser, dès leur naissance , les premières tentatives ; Iorsqu*enfin on s'est laissé gagner parla nuif, toujours complice de ces émeutes, dont elle interrompt la répression, pendant qu'à sa faveur elles se retranchent et se propagent!

En efTet, le lendemain matin ce quartier lui-mémo , le plus éloigné de l'incendie, avait pris feu; et la Garde Royale, en se reployant dans les Champs-Elysées pour abandonner Paris, y perdit encore du monde : guerre hideuse! dont la plus grande part, du côté de la révolte, se compose de guets-apens et d'assassinats. Cette fois cependant, comme dans notre populace même il y a des braves, comme une partie de la garde nationale et beaucoup d'ouvriers anciens soldats de l'Empire s'en étaient mêlés , et qu'enfin , l'émeute ayant été provoquée, sa tête se trouvait formée d'honunes estimables , il y avait eu des combats loyaux et à découvert ; d'où vint aussi que le triomphe fut sans vengeance , sans pillage, et dans sa défaite, le Prince vaincu, respecté.

Toutefois , qu'on le sache bien , cette insurrection tant vantée n'était pas plus constitutionnelle que les ordonnances de Charles X. Le refus de l'impôt seul eût été légitime; il aurait suffi peut-être. On eut tort des deux côtés, le tort de l'un, s'il explique celui de l'autre, ne l'autorisant pas. Des deux parts on viola la Charte. Chacun outre-passa donc son droit, auquel fut substitué le plus dangereux de tous, celui qui anéan-

lit tous les autres, celui de la force; d'où il résulta que, dans ce conflit funeste /ce qu'on vaintjuit le plus ce fut cette Charte, pour laquelle on prétendait conibatlre!

Mais qu'allait-on faire de ce périlleux succès , de ce nouveau précédent $i pernicieux , de cette fatale \icloîre ? victoire dé peuple^ ingouvernable, et, par ses. inévitables conséquences, toujours si dangereuse au Gouvernement même qui en surgit! Le plus grand nombre des victorieux ne s'en doutaient même pas. Ils n'avaient songe qu'à renverser un Gouvernement impopulaire, qu'à reconquérir, par le drapeau tricolore, Timportance de leur Bourgeoisie, le symbole de l'égalité civile et celui d'une époque si grande , si éclatante de gloire et d'héroïsme. Mais quant à ce qu'il fallait créer promptement pour remplir le vide qu'on venait de faire, c'est-à-dire quant au Gouvernement et aux Gouvernants à choisir pour reconstituer la société, pour lui donner une forme, une tête à la place de celle qu'on venait d'abattre , il y avait là-dessus dans les masses, avec le sentiment delà nécessité d'une prompte décision , tant d'imprévu , que le 3o juillet , de quatre à dix heures du matin, Paris offrait l'asi^ect le plus extraordinaire.

On en peut juger parle fait suivant, quelque insignifiant qu'il puisse paraître. Ce jour-là, vers cinq beores du matin, m'étant croisé avec le général, depuis maréchal, Gérard, au travers d'unebarricade, sur ces simples mots de « Bonjour, Gérard » et « Bonjour, Ségur » que nous échangeâmes, voilà que tous les bourgeois amiés là, présents et en grand nombre, se mettent à crier

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avec transport : Fwe Gérard! puis, Five Ségurl tant ils se sentaient le besoin d'un Chef, et étaient prêts à accepter le premier venu!

Partout de même, sur les places, sur les boulevards, se pressait une foule incertaine , comme en équilibre , prête à céder à une première impulsion donnée à propos, et à se précipiter dans la première voie convenable qu'on ouvrirait à son indécise anxiété.

Frappé de cette observation, vers sept heures du matin, je montai chez Casimir Périer, où Mole m'accompagna. « Il n'y a pas un moment à perdre, lui dis- « je; Paris attend! Dans la disposition des esprits, un « premier mot va décider de tout : c'est à vous de le « prononcer, et promptement , si vous ne voulez pas c< être prévenu ! » Alors , comme il prétendait ne savoir à quoi se résoudre , j'ajoutai : « Quant à moi, « vous connaissez mes regrets pour le drapeau sous « lequel j'ai combattu^mais la Charte, pour laquelle V vous venez de vaincre, consacre le principe de la « Légitimité ! C'est donc , bon gré , mal gré , le Duc de « Bordeaux qu'elle proclame , si , comme vous le dites, « Charles X et son fils sont devenus impossibles. »

A cette interpellation, Casimir Périer bondit de colère; il s'écria*: « Que cela même n'était plus possible; « que, depuis deux jours, il s'était vainement épuisé « pour la conservation de ce principe , dont il recoure naissait toute l'importance; mais qu'aujourd'hui nous <i en étions si loin , qu'il s^ufïirait de lui répéter cette « proposition dans la rue pour nous faire massacrer « tous les trois ensemble! Qu'il y fallait donc renon- « cer et songer à autre chose. — Eh, lui dis-je,.

a60 LIVRE IhEUXIÈME.

(c au Duc d'Orléans, sans do^ite l » Périer reprit : « Vous « n'êtes pas dégoûlé! Je vais chez LafiUe et nous verte rons ; mais tenez- vous pour heureux encore si, dans cr cette journée même , la République n*est pas pro- « clamée! »

Nous accompagnâmes Périer jusqu'à la porte de ce libéral orgueilleux et conspirateur, sans vouloir entrer dans cette maison d'où sortit, une demi-heure après, le sort de la France ! Ce fut un chiffon de papier, sur lequel étaient imprimées trois à quatre lignes, qui donna l'impulsion. Il indiquait M. le Duc d'Orléans pour Roi à la révolution de i83o.

Nous étions encore en ce moment sur le boulevard de la Madeleine y où MM. le Duc de Clioiseul et Hyde de Neuville nous avaient rejoints^ nous y observions la foule, quand le premier exemplaire de cet écrit parut et fut lu dans un premier groupe où je pénétrai. Le feu ne prend pas plus vite à la ppudre, il ne se propage pas plus rapidement ! En voici la preuve. En me démêlant de cette foule, j'avais averti ces deux personnages de ce que je venais d'entendre, et de l'infaillible résultat qu'il fallait prévoir. Pendant que, aussi incrédules qu'indignés, ils se récriaient, je les quittai pour aller prévenir M. Pasquier de ce dénoûraent désormais inévitable. J'avais à peine pour cela deux cents pas à faire. Or il n'y avait pas une heure que j'étais chez lui , lorsque ces deux messieurs m'y rejoignirent désespérés. L'explosion, aussitôt après mon départ, avait été si rapide, si universelle, que déjà , en dépit d'eux-mêmes, ils arrivaient aussi convaincus qpe désolés de l'unanimité des vtBux publics en faveur de

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