‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 191 sur 302 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

M. le Duc d'Orléans et de Firréyocable cliiile de la Légitimité.

M, Pasquier était un personnage de grand mérite; sa conversation était toujours polie, spirituelle, pleinir* (le souvenirs intéressants, dVxcellenIs conseils, et <l<» profondes et titiles observations. Ce jour-là, pourtant, il se trompait sur la portée de ce qu'il ne croxail encore qu'une révolte.

Dans ma préoccupation, j'étais entré cliex lui sans trop de façons; il m'avait reçu de même, sans se déranger, en rohe de cliambro, tes jambes étendues sur iinecbaise, et a demi couclir dans un de ces grands fautetiils devenus si indispen.sables à la mollesse et au sans-gêne de notre société moderne. Un peu pi<|ué de cette attitude noncbalante, si pèti conforme d'ailleurs à mon active anxiété et aux circonstances, je me proposai de l'en tirer.

El d'al>ord , sur quelques premiers mots à propos de la Royauté Légitime, l'une de ses œuvres, que j'aurais voulu voir, luidis-je, aussi tranquillement assise que je le voyais lui-même, mais dont je venais lui annoncer le renversement, il demeura inébranlablement étendu, me répondant négligemment qu'on nen pouvait être là encore; que j'exagérais.

Redoublant alors, je lui peignis l'attitude de Paris entier, que je venais de parcourir. Ici, je le vis retirer une jambe du coussin sur lequel elle était étendue ; puis, au récit des réponses de Péricr, retirer son autre jambe : de couché qu'il était, le voilà donc assis. Mais il tenait encore dans cette dernière position, lorsqn'enfin je lui annonçai l'appel du parti vainqueur en faveur

de la Branche d'Orléans. A ce nom, M. Pasquier, tout ému , se dresse sur ses pieds; il parcourait même assez précipitamment sa chambre y quand rentrée brusque et les exclamations désolées de MM. de Choiseul et Hyde de Neuville nous inlerrompirenl. Le second surtout, avec toute Féloquence du coeur et d'une profonde conviction, nous prédit, dans ïslvénement de M. le Duc d'Orléans , tous les dangers, au dedans comme au dehors, d'un Trône élevé contre le principe de la Légitimité, et devenant électif au milieii des autres Trônes héréditaires, qui désavoueraient cette origine révolutionnaire, pour eux si menaçante. Mais dans les hommes aussi connus que M. Hyde de Neuville tout en eux parle avec eux : c'était ce Royaliste jadis si fougueux, l'ancien conjuré du 3 nivôse; et ce passé, resté présent à nos yeux, quelle que fût la sagesse actuelle de ses paroles, en af- (lûblissait l'autorité. Je ne quittai M. Pasquier qu après l'avoir vu décidé à presser la convocation des Pairs, ce qui était le principal but de ma visite.

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