CHAPITRE II. 36a
quçs mots d'un témoin sur lappréciation morale et politique de cet avènement peuvent être utiles.
Sans doute M«le Duc d'Orléans , réduit au silence après de salutaires conseils repoussés par Charles X, s'était attendu à ce que, tèt ou tard j les fautes de la Restauration le forceraient d'accepter leTrône, et, sans doute aussi, il s'y était préparé. Il n'est pourtant pas moins certain que, d'abord , ce Prince répugna à profiter du malheur de sa famille. Mais la plupart des Députés, compromis dans la révolte, répugnaient bien plus encore h se»fier.au rejeton de la Branche Aînée qu'ils venaient de vaincre: Qu'on se rappelle d'ailleurs la réponse que me fit Périer à sept heures du matin, le 3o juillet : elle prouve que le message, envoyé peu d'instants après, et qui eut peine à trouver et à décider M. le Duc d'Orléans, ne lui laissa ni le temps ni l'alternative de faire un effort ea faveur de M. le Duc de Bordeaux.
Si donc M. le Duc d'Orléans n'eût voulu accepter que la Lieutenance Générale du Royaume avec la Régence, ce scrupule eût vraisemblablement été mortel à la Royauté : il eût dès lors fait retomber la France en République. D'autre part , comment ce Prince aurait-il pu se soumettre à la longue et insup- |)ortable anxiété de cette tutelle , où son honneur eût été à la merci de tous les hasards de santé d'un pupille aussi jeune, dont la mort pouvait lui être si profitable!
Il n'eut donc à choisir qu'entre deux partis : ou celui d'accepter un Trône devenu révolutionnaire, il est \Tai, ou celui de suivre la Légitimité dans son exil!
Mais, tout sentiment de famille à part, après le
lo août 1792 , la République de qS, et le Consulat, .et l'Empire, le principe de celle Légilîmilé exislail-il encore assez en iVance pour risquer de lui tout sacrifier?
La Cliarle avait été violée; le Trône allait s'écrou- 1er dans rabiniè de Fanarcliie, il l'accepla! Fit-il bien nioraleuient et poliliqueiuent? La Poslériléen décidera. Moralement , quand Timpérieuse nécessité nous fit tendre les mains vers cette brandie de salut et lasaisir avec tant d'espoir, ce n'est point à nous à lui reproclier d'avoir alors été trop flexible! Quant au côté politique de la question, dix-Iiuit années de paix et de liberté, telles que la France n'en goûta jamais de pareilles, et qu'elle regrettera longtemps, répondent assez.
Enfin, quant à Timpossibilité prétendue de la longévité d'une Dynastie née de la violation même du principe qui en consacre la durée, un exemple vivant et voisin, respecté de tous, quoique bien autrement immoral et illégitime, ne contredisait-il pas, et n'infirme-t-il point encore, cette assertion?
Convenons toutefois que, dariscette imitation, nous ne calculâmes pas assez la difTérenb^radicale des deux pays, l'un tout aristocratique, l'autre au contraire tout démocratique , démocratie égalîtaire, et conséqueinment inorganisable.
C'était donc, indépendamment du refus ou de Tacceptation de M. le Duc d'Orléans, c'était une révolution; une révolution populaire, de toutes les révolutions la plus difficile à gouverner. Heureusement la Cliambre des Députés en avait pris la direction.