CHAPITRE II. 36S
Cepeudant/ia rupture<lu contrat violé en nécessitait un nouveau. Cette victoire du peuple substituait l'Élection à la légitimité; elle entraînait le remaniement de la Charte, la mutilation de la Pairie dans ses membres nommés par Charles X, et plus tard dans son hérédité ; , rabaissement de Tâge et du cens de Télectorat et de l'éligibilité; la liberté de la Presse, avec le jury pour seul juge de ses excès. Ce furent à ces concessions , plus ou moins dangereuses mais inévitables, et à quelques autres de moindre importance que les Chambres parvinrent à circonscrire la révolution de 1 83o. On crut en faire exclusivement le triomphe de la Bourgeoisie, de cette classe moyenne à laquelle la classe jadis supérieure devait de plus en plus s'assimiler, et à laquelle, encore et sans cesse, par toutes les voies ouvertes à tous .les genres de mérit.e, la classe inférieure pouvait s'élever.
Certes, au milieu de cette décomposition de la société française par tant de bouleversements successifs, rien, théoriquement, n'était plus conséquent au principe de la Révolution de 1789, rien ne paraissait plus rationnel et plus libéral, rien ne semblait devoir être plus populaire, qu'une réorganisation pareille : gouvernement de juste milieu, et conséqueminent, de modération , d'ordre légal intérieur, de paix au dehors, et le plus fiivorable de tous au développement sagement progressif du bien-être universel.
Mais la base en était toute déniocra tique. Tout le poids s'y trouvait en bas, et y attirait tout de plus en plus, aidé de la foule des intérêts souffrants, des vanités ambitieuses, envieuses, et des mauvaises passions
de toute nature : pente vers tin abtme^ sur laquelle ce Gouvernement de juste milieu, ayant à luUer sans cesse contre son principe, contre la Presse, contre la Tribune, contre ses propres armes, enfin , retournées contre lui-même, avait un perpétuel besoin des mains les plus vigoureuses et les plus habiles pour se maintenir.
De telles mains ne manquaient pas dans le nouveau Conseil; mais elles s'y trouvaient mêlées à d'autres qui les entravaietit, en sorte que l'anarchie, mal contenue, restait sur pied. L'émeute courait les rues : elle assiégeait les Chambres, le Palais-Royal, et prolongeait l'état révolutionnaire. Tantôt elle demandait la tête des ministres (fu Roi déchu, tantôt la frontière du Rhin, ou
la guerre universelle au soutien des bouleversements
Belges , Polonais et Italiens , que le succès du nôtre avait excités. Ces passions , démagogiques et conquérantes, avaient dans la Chambre Élective leurs représentants; elles enflammaient dans la rue une populace oisive et la jeunesse des Écoles , qu'augmentait sans cesse le parli républicain, enhardi par le 4 ménagements et les faiblesses d'un Gouvernement né luimême d'une émeute.
La répression consistait alors dans l'appel aux armes d'énormes masses de gardes nationaux, dont on environnait le Roi* Leur aspect décourageait lèsémeutiers ; on frappait ainsi les yeux pour ne point être obligé de frapper le reste.
Telles étaiept les plu$ ou moins inévitaUes difficultés des commencements du nouveau règne; difficultés qu'aggravaient la plus odieuse licence de la Presse et