CHAPITRE III
moindre part à une révolution évidjemment destructive du peu qui nous restait de ces deux éléments conservateurs. J'en étais donc demeuré simple spectateur, résistant même à plusieurs provocations qui m*y eussent enrôlé.
Mais cette révolution accomplie, je Tacceptai; j'entrai dans son esprit modéré, tel qu'il fut alors défîni par MM. Périer et Guizot; je dévouai tous mes efforts à l'institution, sous la Branche d'Orléans , du règne de la classe intermédiaire. Je crus notre Bourgeoisie assez éclairée, assez nombreuse et puissante, et comprenant assez ses intérêts, pour qu'on pût espérer arrêter et fixer enfin le Gouvernement dans cette région d'ordre, de savoir et d'intelligence. Ce point d'arrêt à la Révolution était, à mes yeux, pour le Pays, sa dernière chance de salut. Je n'apercevais : au-dessus, que prétentions surannées, impuissantes et dangereuses; et au-dessous, que honte et désastres, que ruine et anarchie, et peut-être même la dislocation et la perte de la Nationalité Française!
J'allai donc, dès le 2 août i83o, au Palais^Royal, au nom de mon père, malade alors , et avec mon fils et mes trois neveux, nous offrir tous au soutien de ce nouveau Règne. Nous contribuâmes, les premiers jours, à calmer dans la Reine des scrupules honorables, et dans la Sœur du Roi de trop vives inquiétudes.
Cepremierpas fait, j'eus presqu'aussitôt le bonheur de m'en servir pour sauver d'une injuste proscription le lieutenant général Vincent, mon compagnon d'armes aux Gardes d'Honneur. Ce général, personnellement attaché a Charles X, s'était vn forcé, pour le défendre,
d'ordonner un dernier feu : un aide de camp de M. de La Fayette en avait été victime. Ce fut de M. de La Fayetle lui-même que je m'appuyai. J obtins rie M. le Duc d'Orléans, pour cet aide de camp, grièvement blessé , rÉtoile d'Honneur, qu'il avait jadis méritée sous mes ordres , et que l'ordre du jour prêt à proscrire Vincent fût supprimé.
Quant au Roi , à chaque émeute menaçante, j'accoiirus en armes pour le défendre de ma personne, bien décidé toutefois , après avoir servi Napoléon, à ne plus m'attacher personnellement à aucun Prince.
Ce fut dans ces soulèvements, trop fréquents et trop soufferts , que je fis connaissance avec Montalivet.
L'un de mes premiers rapports avec lui, et qu'il provoqua lui-même le 2 5 décembre, eut pour occasion la rupture de M. de La Fayette avec le Roi. La Chambre Elective venait d'abolir la charge de Commandant Général des Gardes Nationales du Royaume. Elle avait jugé qu'une aussi considérable responsabilité ne devait constitutionnellement peser que sur un ministre responsable. Cette décision, prise le lendemain de l'émeute contre les ministres de Charles X , parut au général une ingratitude, une hostilité même. Il y répondit en annonçant sa démission du commandement de la Garde Nationale de Paris. C'était retirer au Gouvernement l'appui de sa popularité, ce qui, dans ce temps d'émeute à tout propos, pouvait être le signal d'une révolte. L'alarme fut grande au Palais- Royal. Le Roi, quelles que fussent les exigences républicaines de M. de La Fayette, lui devait beaucoup. Soit reconnaissance , soit effroi de l'éclat de cette rupture, il