‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 198 sur 302 · CHAPITRE 111. 37a · texte numérisé non relu

CHAPITRE 111. 37a

« et qiie Ton ne m'ôle, croyez-moi, qu'avec prémédi- '( talion.

a Quant à la Garde Nationale de Paris, dont on veut <f que je reste le Chef, j'en comprends le motif, mais « il ne convient pas que je m'y soumette. Eh, tenez, « jugez-en vous-même : supposez qu'on offre au ma- « rëchal Soult une position pareille à celle qu'on prête tend me faire ; croyez-vous qu'il se réduirait à rester « à la léte de l'une des divisions d'une armée dont on « lui aurait ôté le Commandement en Chef? »

Il y avait à ce raisonnement une réponse, c'est que cette division à laquelle on le réduisait se trouvait encore être une armée de quatre-vingt mille hommes, dont le sort de la France dépendait, et peut-être celui de l'Europe entière. Mais, comme on va le mieux voir, sa résolution avait un motif plus sérieux, moins personnel , et rien ne put l'ébranler : ce qui étonnera peu ceux qui ont connu l'inflexibilité calme et l'opiniâtreté douce et polie de M. de La Fayette.

C'était dans la matinée du aS décembre que ma tentative avait échoué. Dans la soirée du même jour l'inquiétude m'avait conduit au Palais-Royal. Montalivet était prêt à en sortir : « Je suis à pied, me dit-il, « avez-vous là votre voiture? Reconduisez-moi prompif tement à mon ministère. La crise est à son comble, « mais j'espère m'en rendre maître. Je sais, par nos ef- « forts de ce soir, le sort des vôtres. Lafitte et moi, nous « avons supplié votre cousin deux heures entières ; il a « persisté. Rien, a-t-il répondu, ne pourrait lui faire « conserver partiellement un commandement que la « décision des Députés devait lui faire entièrement

(( abandonner ; commandement dont H était, d'ailleurs

« et d'avance, décidé à se déraetlre, ne voulant pas pa-

« raître plus longtemps avouer un système de gou-

« vernement que sa conscience désavouait.

<c Vainement alors Lafitte s'est presque mis aux ge- « noux du général, offrant de lui rapporter, dans un a billet signé du Roi, la promesse que des lois eleclo- (( raies et communales conformes à son opinion sec( raient présentées aux Chambres, aujour et à l'heure « qu'il désignerait. A tout cela M. de La Fayette n a <t répondu que par un sourire ; et Lafitte , ce qui le « caractérise bien, après s'être livré une grande demi- « heure à cette abondante et facile élocution que « trop d'orgueil , suite d'une vie de succès , lui fait rt croire irrésistible, a si peu douté de son triora- « phe , qu'il a pris congé de votre cousin sans atten- « dre sa réplique. Il m'a entraîné moi-même jusque « sur l'escalier, où, l'arrêtant enfin, je lui ai fait aper- « cevoir : qu'il venait de parler tout seul; qu'on ne « lui avait rien répondu ; que nous sortions comme f( nous étions entrés, sans savoir si la Garde Nationale « de Paris «avait encore son général. — Comment! « s'est écrié Lafitte , après ce que je viens de lui a dire, vous en doutez? — Ah ! vous avez admirablece ment parlé, lui ai-je répliqué ; vous avez été écouté fc de même, et même reconduit jusqu'ici avec « la grâce la plus affectueuse et la plus exquise po- « litesse ; mais c'est un oreiller trop insuffisant pour « aller nous endormir dessus , au risque de nous ré- « veiller demain, sans Chef peut-être et sans parti pris, <r .au milieu d'une révolte. Rentrons donc, et que du

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