‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 3 sur 302 · CHAPITRE II. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. S

veille de la bataille de Craonne, au point du jour, à fierry-au-6ac 9 au moment où la division des Gardes d'Honneur montait à cheval pour suivre l'Empereur, Napoléon avait appris que, derrière lui, un autre Saint-Priést, frère du premier, place en intermédiaire entre les deux Invasions, mais chassé de Reims sur Épernay par le général Corbineau, était revenu sur cette ville dont il était près de s'emparer. L'Empereur, trouvant sous sa main notre division , l'avait aussitôt envoyée au secours de Reims. Nous partîmes au trot; le bruit du combat, de noires colonnes de fumée, et bientôt les cris de plusieurs habitants fuyant éperdus, ne nous indiquaient que trop combien était pressant le danger de nos compatriotes. Le trajet parut long aux Gardes. Dans notre anxiété, à chaque redoublement du canon russe,' craignant d'arriver trop tard, leurs regards dévoraient l'espace. Aussi, quoique réduits à huit cents sabres par de nombreux détachements et une foule de chevaux blessés, dès que, en vue de cette cité, nous aperçûmes, sur une hauteur à sa gauche, mille à douze cents chevaux ennemis rangés en bataille , nous attaquâmes. Il fallait, pour se placer en face d'eux, laisser la grande route à notre droite, et nous déployer à gauche dans la plaine. La première brigade exécuta ce mouvement; la mienne, à ma grande surprise, reçut l'ordre contraire. On nous jeta à droite de ce grand chemin. La, sans autre obstacle que le sol même, poussé dans un impasse marécageux, la Yesle à droite, un côté désert de la ville en face , et de toutes parts entourés de fossés bourbeux , nous nous trou-

\âmes pris comme dans un piège. Si notre première brigade eut été repous^ée, déjà captifs du terrain, nous le fussions devenus dé l'ennemi^ sans pouvoir ni fuir ni iious défendre.

Je pris sur moi de désobéir. Cette position était si fautive, que, pour en sortir, pour rejoindre et soutenir Tautre brigade, il fallut que la mienne défilât par un , à portée de Tennemi, et en travers des fossés de la grande route. La vue de la charge qui se préparait excita les Gardes : nous arrivâmes à temps. La cavalerie Russe, plus nombreuse que la nôtre, nousdominait de la hauteur qui s'étend de Cernay au moulin du Bourg, Mais là, comme ailleurs, la prompititude et la résolution firent nombre. Les Russes^ n'eurent pas \e temps de compter : chargés sur-lechamp ils toui*nèreat bride,, nous abandonnant la position d'où ils auraiejQit pu juger notre faiblesse.

Échauffés par ce succès, nous achevions de couronner la colline, ireconquise, q^and l'aspect imprévu de huit mille Russes et de vingt canons nous arrêta. Déjà leurs coureurs, aux prises avec quelques fantassins de Corbineau et de braves Rémois sortis deleurs murs, atteignaient les portes de la ville, lorsque, à la fuite de ila cavaljerie Russe, et aux cris de joie^ et de Fït^e r Empereur ! des Rémois, l'infanterie Russe, étonnée de notre apparition , passa de l'attaque à la défense. .

Ce ne devait être qu'un répit; cependant, pour en profiter ainsi que du ridea^i protecteur qui cachait notre impuissance, il fallut ruser. J'étais en tète; je fis dédoubler et développer; les rangs, afin, de.parattre

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