‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 200 sur 302 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« faire, enfin, le prétexte, la cause, et, malgré lui sans « doute, comme le chef de cette révolte qu'on venait a de lui annoncer. Mais il est resté inébranlable; il (c m*a pressé de porter au Roi ses conditions avec « cette seule concession : d'attendre la réponse du « Roi , de remettre au lendemain sa démission déjà ce prêle, et de coucher, cette nuit encore, à son Quarcc tier Général.

« Vous jugez bien que, ainsi congédié, je n'ai point « perdu à délibérer le peu de temps qui me restait. « J'ai donc convoqué sur-le-champ les colonels de « toutes les Légions au Palais-Royal • C'est là que , après (c leur avoir exposé la situation, je viens de leur dire : « Que je ne doutais pas de leur confiance dans l'exacte ce sincérité de mes paroles, mais que la circonstance « était trop grave, et la responsabilité, près de peser (c sur eux , trop menaçante , pour qu'ils n'allassent <c pas eux-mêmes s'en assurer, et tenter près de leur « Général un dernier effort.

a Là-dessus, MM. deMarmieretdeSchonen,s'étant « offerts, sont bientôt revenus, les larmes aux yeux, conte firmer mon récit à leurs collègues. Alors, invoquant « leur concours unanime dans cette crise : Allez pré- (f parer vos Légions, leur ai-je dit ; quant à moi, je vais a m'entendre avec le Roi pour le nouveau choix et « pour l'ordre du jour à faire, car il faut que, demain (t matin, Paris, en se réveillant, apprenne à la fois la « démission de M. de La Fayette, et qu'il y a un nouée veau Général en Chef. Dans tous les cas, j'en prends ee l'engagement, vous me verrez, s'il le faut, à votre a tête, sûr du succès, si je puis compter sur vous.

(c A ce dernier mot, tous m'ont juré l'appui le plus « dévoué. Schonen même, l'un des plus libéraux, « et à propos de l'un de ses parents dont on se dé- ^c fiait, s'est écrié : Qu'il en répondait; que s'il nian- « quait à son devoir, il lui passerait plutôt son épée « au travers du corps!

« Nous en sommes là , me dit en terminant Mon- « talivet; maintenant c'est au choix à proposer au « Roi et à l'ordre du jour qui l'annoncera , qu'il faut « songer. »

Vers minuit tout fut convenu, toutes les précautions prises, et tous les dangers prévenus. C'est à cette sage et ferme conduite de Montalivet, dont je fus témoin, c'est à son heureux choix du Comte de Lobau, que Paris dut , non-seulement sa tranquillité du lendemain, mais, pendant les années suivantes, la répression de révoltes bien autrement redoutables que ce misérable désordre devant lequel Louis-Philippe enfin a succombé !

Le lendemain, en effet, l'émeute surprise s'évapora en manifestations insignifiantes* Quant à M. .de La Fayette , libre désormais et tenant parole , il se jeta ouvertement dans l'Opposition. Il a persévéré, jusqu'à son dernier soupir, dans cette mission républicaine et démocratique pour laquelle il avait été évidemment créé. Car en lui , et pour qui l'observa de près, tout, depuis sa naissance jusqu'à sa fin , semble attester une véritable prédestination , surtout son dévouement, naïf, invariable et sans réserve, à cette terrible mission , dont le but l'aveuglait sur les sacrifices, quel que fût le contraste avec les douces et

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