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CHAPITRE IV

C'était quelques semaines après cet événement que le pillage de TArchevêché avait achevé d'ébranler le ministère. J'étais alors absent de Paris; l'inquiétude m'}' ramena, et me conduisit chez Montalivet le 28 février au matin; ce fut par un hasard heureux, car je n y avais point aflaire.

Ici, qu'on me pardonne une courte digression. Un mot sur la situation générale du pays fera mieux juger de l'importance des détails qui vont suivre.

Nous étions alors engagés en Algérie. La Restauralion, ne craignant rien du Continent, avait laissé la France sans armes prêtes pour la défendre. La Révolution de i83o venait d'ébranler la discipline, et de tuer l'industrie. Le commerce était mourant, le crédit mort, le trésor vide; l'anarchie nous dévorait! Les Révolutionnaires, leurs complaisants ambitieux, et quelques guerriers , restes de l'Empire , jaloux d'en réparer les revers, soufQaient un esprit d'hostilité conlre toutes les Légitimités Européennes. Cette faction, plagiaire des temps de 93, se serait jetée dans toutes leurs extrémités : les uns , prêts à toutes leurs horreurs pour y pourvoir ; les autres, risquant aveuglé-

ment d'entraîner la France, ainsi divisée, endettée, el désarmée, dans la guerre universelle.

Chaque jour de nouveaux complofe, de nouvelles émeutes, dans ce but, assiégeaient le Palais-Royal. Il s'agissait donc de choisir une main assez vigoureuse pour se saisir du pays, pour le retourner tout entier, et pour le remettre , le pousser, et le soutenir dans une voie d'ordre, de confiance, et de paix intérieure et extérieure, qui seule pouvait assurer son salut. La France sait à quel grand citoyen elle dut ce grand service. Mais pour le choix, tout indiqué * qu'il était d'avance, elle ignore les difficultés qui s'y opposaient, que ce fut Montalivet qui le décida , et comment et quand cette décision fut prise.

Maintenant je reviens à mon arrivée, le 28 février, chez ce ministre.

A cette époque , comme le résumé précédent vous l'a montré , Lafitte, déjà condamné , présidait encore le Conseil. Le Roi hésitait à s'en séparer. Montalivet, plus décidé, était, quant au moment, incertain encore. En. attendant, il venait de faire nommer Bondy Préfet de Paris en remplacement de Barrof. Je trouvai le nouveau préfet chez son ministre.

J'étais à peine entré que Montalivet, m'interpellanl : « Ah ! puisque vous voilà, me dit-il, voyons votre avis. « Il s'agit de la Garde Municipale. Le maréphal Soult « veut la doubler ; qu'en pensez-vous ? — Cela dépend, « répondis-je, de l'esprit de cette troupe. Mais pource quoi créer des forces si dispendieuses, quand vous en K avez tant sous la main dans l'armée et dans la Garde « Nationale, — Il est vrai, reprit Montalivet , que, de-

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