‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 202 sur 302 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« puis trois semaines, sur trois cents arrestations il n'y « en a pas dix de faites par la Garde Municipale. — « Le mal vient de plus haut! m'écrîai-je ; vous frappez « au-dessous. Et ne pensez-vous pas que la nominale tion deBondy, que voilà, est plus efficace que la <( création de quinze cents nouveaux gendarmes? Au « reste, il est maintenant à la source des émeutes, (( il peut nous en dire Forigine , et peut-être nous <( dévoiler bien des trahisons. »

Tous deux convinrent qu'en efTet, si le danger, loin de décroître , avait augmenté , c'était bien plus aux chefs qu'à leurs agents qu'il fallait s'en prendre. A ce propos*** fut cité selon ses mérites. Sa tactique, direntils, était à nu. Elle consistait, soit faiblesse, soit goût de popularité, ou plutôt pour se rendre indispensable et se foire appeler au ministère , à solder, de l'argent de l'État, des milliers d'ouvriers de plus qu'il n'en fallait aux travaux entrepris pour les faire vivre, ce qui mettait à sa discrétion ces oisifs à trente sous. On les avait vusmaintes fois recevoir leur paye sur le lieu même de l'émeute. Celui qui les payait était ainsi plus sûr qu'ils ne manqueraient pas de s'y trouver. « Et quant (( à celui-là, ajouta Montalivet, jamais trahison fut-élle « plus manifeste? Il ne croyait pas que j'eusse gardé '( la minute des cinq lettres d'instructions précises <c que je lui avais adressées pour prévenir le désastre « du 14. Quand il m'a vu prêt à les produire à la trice bune, il a pâli! J'en ai eu pitié, et j'ai tout pris sur <( moi. Au fait, c'est moi qui avais choisi cet agent; « j'en ai dû porter la peine! »

Alors, m'attirant à part près de la fenêtre : « Vous me

tt remerciez d'avoir désigné au Roi cethonnéie homme, « me dit-il en regardant Bondy, qui se retirait pardis- « crélion; mais vous m'approuveriez bien plus encore c< si je vous débarrassais de moi-même, en mettant à <c ma place Casimir Périer ! — Oui et non , lui répondis- « je : oui, Casimir Périer comme Président du Con- « seil , mais non pas à votre exclusion ; je crois, au con- « traire, que vous lui seriez indispensable. — Pas de « compliments, reprit-il ; et d'abord, le premier mi- « nislère en ce moment est celui de l'Intérieur : tout « en dépend. J'ai pu y être utile quand il y fallait surce tout de l'activité, et savoir, dans l'occasion, monter « à clieval et se dévouer comme je l'ai fait; mais, « croyez-moi, il y faut maintenant plus d'âge, plus (( d'ascendant , une figure plus imposante que la « mienne. C'est surtout devant les Chambres, plus vieilce les que moi, que je suis trop jeune. Or Périer, par son (c âge, par ses antécédents, par sa réputation, est seul t< de taille en ce moment pour sauver la France! te Quant à nous, nous n'y pourrons quelque chose qu'en if le décidant à accepter cetle rude mission. Voulez- «( vous m'aider dans cette grande œuvre? Chargez- M vous de lui offrir de ma part la Présidence du Conseil « et mon portefeuille. Je vous le répète, c'est à ma « place qu'il convient ; c'est de ma place seule qu'il « pourra combattre et vaincre les dangers présents! (c Dites-lui : que pour moi ce ne sera point un sacri- « fice ; que je suis ambitieux, mais surtout de gloire ; (( qu'il n'y en a pas de plus grande, à mes yeux, que de c( sauver son pays; et qu'en lui remettant le nôtre entre « les mains, j'ai la conviction qu'il saura l'arrachera cet

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