CHAPITRE Vin
« un fleuve épuisé^ dont les eaux, entièrement écou- « lées, se sont perdues, sans retour, dans Focéan de la « Démocratie, qui engloutit tout! Et Ton a prélendu « fonder des supériorités durablessur un tel abime ! Ah ! « croyez-moi, la Restauration n'a formé là qu'un vain (i et dangereux nuage, qui retombera incessamment, « sur la société nouvelle , en orages et en tempêtes ! — Tout cela peut être vrai quant au fait, merépon- « dit Périer; quant au fond, je le conteste. Et làîc dessus , sans me compter, vous avez contre vous les 'c meilleurs esprits, Thiers lui-même, Guizot, et Royer- « Collard ! D'ailleurs, nous n'en sommes plus là. Votre « avis l'emporte; vous n'avez donc aucune raison de « vous refuser à l'appuyer dans la Chambre où l'on a VOUS appelle. »
Alors , comme je persistais dans ce refus, s'échauffant subitement : « Il vous sied bien, reprit-il, à « vous qui m'avez forcé à me jeter dans cette ba- « garre, de ne pas vouloir m'y suivre et de m'y aban- '( donner! Qu'est devenue votre promesse, alors « donnée, d'accourir à mon appel? — Oui, comme « militaire, et contre l'émeute, lui répliquai-je. — Je « ne l'ai point entendu ainsi, s'écria- t-il; parlez ou ne « parlez pas , cela vous regarde , mais je vous somme « aujourd'hui de tenir parole ! »
Je cédai. Le surlendemain, 20 novembre i83i, je me réveillai donc Pair de France. Je dois même convenir que, appréciant déjà tout différemment cette nouvelle situation, j'en fus satisfait ; que même je me reprochai mon hésitation , et que je sus gré à Périer et à Montalivet de n'avoir pas cédé à mes répugnances.
410 LIVRE DLUXIÈNË.