CHAPITRE ÏX
Me voilà donc,. pour la première fois, ma^rislrat, législateur, membre enfm du Parlement dans la Chambre Haute; et cela, sans avoir jamais été légiste, juge, ni orateur! Il y avait là trois éducations à faire, et peut-être une quatrième à défaire, celle des camps, assez opposée aux trois premières.
Mes dispositions pour délibérer n'étaient point lieureuses. C'était d'abord , dans toute question que j'étudiais , de me trop passionner pour elle; puis, d'éprouver le plus sincère étonnement qu'on pût êlre d'un avis contraire au mien ; de m'en irriter, d'en manifester mon impatience par des exclamations, par des interruptions fort peu parlementaires. Je me serais, dès le premier jour, cent fois élancé à la Tribune sans la crainte qu'elle m'inspirait; peut-être même , quelque court que fût l'espace qui me séparait d'elle, ne me serais-je jamais décidé à le franchir, sans l'indignation que m'inspira le réveil de lun des souvenirs les plus odieux de cette Terreur de 93, dont nous avions été victimes!
Encore , le moment venu , si mes amis ne m'eussent pour ainsi dire porté à cette tribune , je reculais ; tant imposent : et ces regards de toute une assemblée fixés sur vous seul ; et ce solennel silence où votre voix isolée va retentir; et cette attente universelle à satisfaire; enfin l'appréliension du ridicule auquel exposerait la prétention, maf soutenue, d'avoir voulu se faire écouter; appréhension bien digne d'in-