CHAPITRE IX
térét quand c'est la modestie, prête à se sacrifier au devoir, qui les éprouve, et non lamour-propre, lequel, beaucoup plus préoccupé de lui-même que de la*cause qu'il défend , joue trop souvent, en ce cas, le plus grand rôle.
Muet ainsi depuis le !io novembre i83i, l'occasion qui me fît rompre le silence arriva le 2 1 février i83!2. Voici comment.
La Restauration avait voulu que, le 21 janvier de chaque année , un deuil général fût porté , une cérémonie religieuse accomplie , et que le Testament de Louis XVI fût lu publiquement en expiation de son supplice.
Depuis i83o le Roi, le Gouvernement et la Chambre Élective réprouvaient ces dispositions, comme ravivant un souvenir pénible et irritant; comme un rendez- vous annuel de lutte, assigné d'avance aux divers ennemis du repos public ; enfin , comme l'acte d'une vengeance calomnieuse contre le pays entier, victime, ainsi que le Roi martyr, de ces temps affreux , et non leur complice.
La Chambre Élective, excitée par le Roi personnellement intéressé dans cette affaire , avait pris l'initiative. Mais, dans son empressement à se débarrasser de ce qu'il y avait d'excessif dans cette commémoration, elle en avait prononcé la complète abrogation. Bien plus, soit oubli, soit condescendance, pas un seul mot dans sa loi , en abolissant tout souvenir du crime commis, ne le flétrissait.
Et qu'on ne croie pas que cette réprobation fût superflue! Ne vit-on pas alors le parti révolutionnaire.
insultant au sang de Louis XVI, triompher de celle décision comme d'une victoire? Dans le sein même de la Chambre, n'entendit-on pas une voix, malheureusement trop représentative, oser préconiser cet inique, ce barbare assassinat judiciaire , précurseur de tous les crimes pareils de cette odieuse époque?
Il n'était que trop vrai , à la honte des mœurs déréglées de notre temps, cette voix isolée avait été l'écho d'un parti infâme ! Dans toute capitale d'un grand Etat il y a toujours eu un certain nombre d'hommes nécessiteux, cupides et prodigues; gens pervers, à mauvaises passions , prêts à tout bouleverser pour se satisfaire. Quand ces misérables s'attaquent aux biens ou à la vie des particuliers, on les appelle tout simplement voleurs ou assassins. Mais à présent on les décoré du nom d'utopistes ou d'ambitieux, quand pour mieux s'assouvir, généralisant, systématisant leurs criminels desseins, ils assassinent les défenseurs de l'ordre et convoitent le Trésor Public.
Aux vils , aux coupables instincts de ces gens de proie s'ajoutent d'autres passions, celles de la jeunesse ardente et aveugle de nos rues et de nos écoles, avide de bruit et de mouvement , et que charment, sous les noms de liberté , d'égalité et de républicanisme, la licence, le désordre et la révolte.
La révolution populaire de i83o venait de remuer toutes ces passions ; elles fermentaient! On aurait pu espérer que l'horreur du souvenir des atrocités de 9^, que le dégoût des ignominies du sans-culottisme^ prédomineraient ; que les héritiers eux-mêmes de ces détestables hommes de sang les désavoueraient;