CHAPITRE IX
que, du moins , leurs mauvais instincts, se déguisant , auraient la pudeur ou la ruse de se reproduire sous une autre dénomination , sous d'autres formes. Mais il était arrivé tout le contraire. De nouveaux, de jeunes Terroristes osaient, avec une inconcevable effronterie, se parer des noms les plus infâmes. Ils s'étaient associé la lie du peuple : ils l'avaient organisée en sections de Gueux, àe Bras-Nus, de Sans- Culottes, sous l'invocation de Danton , de Marat, de Robespierre, monstres dont Paris les laissait promener dans ses rues les horribles effigies!
Depuis quarante ans , je gardais à la mémoire de ces hommes de sang toutes les haines de mon enfance proscrite par eux. Le temps, loin de les émousser, les avait aiguisées de plus en plus. A l'aspect de cette recrudescence , je me sentis encore plus d'aversion pour ces théoriciens , ces professeurs de forfaits , que pour leurs devanciers. Ceux-là, du moins pour la plupart, n'avaient pas commis de sang- froid toutes leurs horreurs : engagés, sans préméditation , par la plus passionnée de toutes les guerres , dans cette voie sanglante où l'on ne peut plus reculer ni s'arrêter, fouettés et marqués de sang aux yeux de l'Europe entière, ils s'en étaient enivrés! Mais ils ne s'étaient pas , comme ceuxci, sans provocation, sans autre entraînement qu'une vaniteuse et horrible émulation, préparés froidement à se créer une carrière de guerre civile et de crimes!
Des cris d'indignation m'échappèrent ; mes collègues les entendirent. Cette loi sur le 21 janvier venait d'être votée par l'autre Chambre; c'était une occasion, ils comptèrent sur moi pour la saisir; et voilà
comme, à mon insu , je me trouvai engagé, et presque contraint de monter à cette Tribune , dont le seul aspect depuis trois mois me repoussait.
Nous étions, mes amis et moi , convenus de conserver, de la loi trop radicalement abolie , cette inoffensive commémoration : que, le 21 j unifier de chaque année j les udminist rat ions publiques , lés Cours et tribunaux vaqueraient en signe de deuil.
Le jour de la délibération venu , le 21 février iSSs, j'arrivai tard à la séance, mais, atout hasard, préparé. Plusieurs orateurs influents , par ménageaient pour le Prince, par condescendance pour les Députés, concluaient, sans amendement, pour la loi adoptée par lautre Chambre. Quant à moi, ferme dans Topinion opposée, mais n'étant point inscrit, je me croyais libre de me taire. Je laissais s'échapper roccasion, quand on m'avertit que mes amis , me regardant comme engagé, s'étonnaient de mon silence. J'hésitais pourtant encore quand M. Pasquier, qui nous présidait, m'interpellant : v Hé quoi! me cria-t-il i( rudement , quand on a compté sur vous , ne para lerez-vous donc pas? » Je n'osai répondre négativement, a Bien, reprit-il ; je vais vous appeler! »
Ce parti pris, bon gré, mal gré , je me sentais déjà moins mal à l'aise , lorsque le maréchal Soult , m'interpellant à son tour, me remercia de ce que j'allais défendre la loi présentée. « Moi! lui dis-je, mais, c< tout au contraire', je suis là pour la combattre! — c( £n ce cas , me répliqua- t-il avec irritation , c'est moi « qui vous répondrai ! — Quoi, vous! m'écriai-je, w vous, ministre de la Branche d'Orléans , vous vous