‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 221 sur 302 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

« mêleriez à cette discussion sur le régicide dé qS ! « Vous demanderiez Tabrogalion de tout souvenir qui « le réprouve ! Et que dirait l'Europe de vous et du Roi « que vous représentez ? » Alors , comme il recevait de mauvaise grâce cette vive objection d'un militaire accoutumé ailleurs à lui obéir, apercevant heureusement son ami, M. de Pontécoulant, j'en appelai à ce Conventionnel, l'un des plus courageux juges de Louis XVI. Son avis, conforme au mien , eut bientôt dissuadé le maréchal de commettre cette faute.

Nous en étions là, quand, le général Dumas descendant de la tribune, j'y fus appelé :

« Messieurs,

a Rejeter purement et simplement le projet de loi , ce serait sanctionner la loi de 1816, que ce projet abroge. Or cette loi méritait la réprobation qu'a fait peser sur elle l'autre Chambre.

(c Son exécution littérale était pénible et douloureuse; les différentes passions qui s*en emparaient la rendaient dangereuse. Dans plusieurs de ses expressions perçait l'esprit de parti qui l'avait dictée. Elle semblait associer la Nation entière à l'un des plus funestes attentats politiques dont un parti triomphant ait pu se rendre coupable. C'est, Messieurs , pour de si graves motifs que la loi de idi6 me parait devoir être abrogée.

ce Mais s'il importe d'effacer de nos lois ces empreintes des différentes passions qui les ont inspirées , il importe bien plus encore à notre honneur, et surtout après une révolution populaire, de désavouer les

crimes commis jadis au nom de ce même peuple, qui nous a confié sa victoire.

c^ Quand toute l'Europe retentit encore de tant de cris anarchiques, proférés non loin de cette enceinte, et de ces atroces menaces hurlées sous les fenêtres même du Palais-Royal; quand la morale publique, quand l'indignation nationale, comprimée par je ne sais quel devoir, sont forcées d'entendre, chaque jour, Tapothéose du crime, et de supporter l'inauguration des plus hideuses effigies , il ne faut pas que les honnêtes gens de tous les pays nous soupçonnent d'indifférence pour le plus grand des attentats qu'une nation ait eu le malheur de laisser commettre.

a II est donc à propos de stigmatiser à jamais cette odieuse époque; il est temps de frapper, à la fois, de réprobation, dans ce seul attentat, toute la Terreur. Il convient de détruire , dans l'esprit d'une portion égarée de notre jeunesse , cette opinion fausse , perverse ', avilissante , que la Terreur a pu être bonue à quelque chose; il faut enfin imposer silence au plus effronté de tous les sopliîsmes. N'avez-vous pas entendu proclamer que ces échafauds sanglants, qui . déshonorèrent la cause de la liberté , en furent le soutien? et qu'enfin cette Terreur, dont le moindre des maux fut la honteuse banqueroute, a sauvé la France?

« Ainsi, notre salut d'alors n*appartiendrait plus à cet enthousiasme de liberté, à cette noble passion d'indépendance qui souleva la France de 1792 à la fois et comme un seul homme ! Ainsi , nos glorieuses armées delà République, avec leur généreux désinté-

Page 1