‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 226 sur 302 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

lion d'ajourner le nouveau rejet de celte abrogation, espérant ainsi, en gagnant du temps, parvenir à changer la majorité de noire Chambre. Mais, repoussé par celte Commission , il me faisait demander de proposer moi-même cet ajournement.

Cette négocialion venait d*êlre entamée par M. Pasquier, non sans embarras. Du plus loin que j'en entrevis la . conclusion , Tinterrompant , je le priai, de s'épargner, à lui comme à moi, de vaines paroles, a II y a là, m'écriai -je, un cas de conscience! Ce qu'on me demande, c'est de me dédire, c'est un désaveu ; c'est de décider mes collègues à se déjuger! Mais Tinfaillible effet en serait de nous déconsidérer tous, les Pairs, le Roi, moi-même, et je m'y refuse. Notre devoir est de rejeter,* celte fois sans discussion, la proposition de l'autre Chambre. En fait de conflits et de scandales, ]es plus courts sont les meilleurs : c'est donc une raison de plus d'en finir aujourd'hui même. »

M. Pasquier me tendit la main. Il s'attendait bien, me dit-il, à cette réponse; il partageait mes sentiments. S'il le fallait, il descendrait de son fauteuil à la tribune pour les faire prévaloir. Il en avait même prévenu le premier ministre dans une lettre qu'il voulut me lire; mais il avait été forcé de remplir près de moi la commission dont le Roi l'avait chargé.

Ce jour-là même 3 mars, en effet, la Chambre des Pairs, sans daigner délibérer, rejeta l'abrogation.

Pour aller jusqu'au bout de cette affaire , devançant ici le temps, j'ajouterai que, le 19 janvier i833, les Députés nous ayant renvoyé une troisième fois

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celte même abrogation , je crus devoir, en la repoussant, persifler à la tribune cette persistante afTectation d'omnipotence.

ce Messieurs , ai-je dit, cette menace de collision, si souvent répétée, demande une réponse; car enfin, n'est-ce donc point avoir une opinion bien injuste de la Chambre Élective? N'est-ce point oser la supposer gratuitement bien illibérale , bien peu faite au Gouvernement constitutionnel, bien absolue en un mot, que de l'imaginer si irascible, si persuadée de son omnipotence exclusive, et si sûre de son infaillibilité? En vérité, Messieurs, on n'aurait pas plus mauvaise opinion du Souverain le plus accoutumé à la toute-puissance de son bon plaisir.

« Ainsi, nulle de ses décisions ne serait à ses yeux susceptible de contrôle ! Elle ne concevrait pas l'audace de la moindre objection ! Elle s'offenserait de la témérité d'un dissentimentl Elle prétendrait qu'une Assemblée, son égale, composée d'hommes mûrs, de vieillards blanchis dans tous les postes de TÉtat, de membres sortis de son propre sein , et que de longs travaux y ont éprouvés , abdiquât toute opinion indépendante, et qu'enfin le Luxembourg ne fût plus que l'écho du Palais Bourbon !

ce Eh ! Messieurs, ne voyez-vous pas qu'on insulte la Chambre Elective en la supposant si déraisonnable, si inconstitutionnelle, si peu préoccupée du maintien de la paix publique, et surtout de cette considération qu'il nous importe tant d'inspirer à l'Europe pour le Gouvernement Représentatif?

« Non , Messieurs, cette Assemblée comprend bien

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