‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 228 sur 302 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Périer mort , sa succession dans le Conseil se partage entre Montalivet, qui de l'Instruction Publique passe à Tlntérieur, et le Roi, qui tacitement se réserve la Présidence. Le système de Périer lui survit dans Montalivet, mais avec moins de poids. Il est déjà moins ferme dans le Prince, et moins entier dans plusieurs des autres ministres , leur esprit s*embarrassant de considérations diverses. A la lutte extérieure de ce Conseil contre TOpposition, contre le choléra, contre la cherté des'grains et les désordres qui en résultent , contre le trouble où le jette la démission , heureusemènt passagère, du ministère Gray, s'est joint une lutte intérieure. L'un, Soult, aspire à la Présidence; un autre convoite le ministère des Affaires Étrangères. Déjà Montalivet , à qui l'on reproche son âge et la confiance exclusive du Roi, a été contraint d'opposer la menace de sa démission à ces intrigues. Ainsi affaibli, le Gouvernement, harcelé par l'Opposition, continue sa marche entre ses deux ennemis acharnés, les partis Républicain et Légitimiste; l'un

plus dangereux que Tautre, mais tous deux aussi violents et aussi vindicatifs.

Ici , et pour mieux retracer les dangers du jour, quelques premiers mots d'une note de ma main à Montalivet les reproduiront aussi vifs qu*ils étaient alors. — a Votre tâche est difficile, mais je sais que, ce plus que tout autre, vous voulez la dominer. Jeu- . « nesse oblige ! Déjà l'Opposition sourit d'espoir. Elle « déclare , mot pour mot, qu'une révolution se pré- ^c pare; que le peuple est dans sa main ; qu'elle lelaa- « <5era sur les Tuileries , qu'elle en attend l'occasion et a la croit proche. V^otre âge l'excite. Elle ne voit, ditce elle, en vous que l'expression de la volonté d'un Roi ce débonnaire. Elle ose vous appeler l'éditeur responc< sable de ses faiblesses. Déjà , vous le sentez vous- « même , le réseau militaire , administratif et judi- « ciaire flotte incertain • Vos agents hésitent : les « mauvais ont déjà reçu leur mot d'ordre, qui est le (( désordre ; les médiocres attendent le premier coup « de vent pour tourner à son gré ji les meilleurs se « découragent. Les Députés ministériels ne rentrent <c dans leurs départements que pour y être insultés à ce domicile. Ce n'est qu'après trois jours d'outrages ce que le préfet le plus décidé, que le général le plus a solide les font enfin respecter. Voyez Metz ! Ainsi ce tout se prépare pour que le Pouvoir, relevé si pénic« blement et si glorieusement depuis quatorze mois, ce s'échappe de vos mains, dans la Chambre dès sa ce première session, dans Paris dès la première ce émeute!... »

Venait ensuite de ces conseils de vigueur si inu-

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