CHAPITRE I. 4Î
tîles, n'étant guère écoutés que par ceux qui n'en ont pas besoin. Passons donc au récit peu connu des faits. Je le tiens de ce ministre.
On sait qu'alors les deux partis ennemis du Gouvernement, celui d'en haut et celui d'en bas, n'en étaient point encore aux assassinats. Pleins d'espoir, ils comptaient sur le succès d'une guerre ouverte : elle ne tarda point à éclater. L'un commença , le premier, dans la Vendée, où, furtivement, madame la Duchesse de Berry s'était introduite; l'autre, presque simultanément, dans Paris, le 5 juin, à l'occasion des funérailles de Lamarque.
On se rappelle le Compte Rendu, ce véritable manifeste d'insurrection, en vue d'usurper le ministère. C'était l'œuvre de celte Opposition factieuse, qui, sans vouloir renverser le Trône , risquant tout pour se satisfaire , poussait à l'émeute. Elle s'en croyait maîtresse, et c'est ainsi que, seize ans plus tard, elle a amené la catastrophe où, jusqu'à l'honneur, tout a péri!
Ce manifeste, Lamarque, que le choléra avait frappé, venait de le signer de sa main mourante. Orateur piquant et grand capitaine , son ambition J'avait jeté dans l'Opposition d'alors, qui prêchait la guerre , et dont les forfanteries déclamatoires plaisaient à l'aveugle vanité des masses, que les Républicains voulaient soulever. Il favorisait ainsi les complots des révolutionnaires.
Ceux-ci , dans l'ovation préparée aux restes de ce général , crurent l'occasion favorable pour renverser la Royauté de i83o. Toutes leurs forces, toutes leurs excitations y furent appelées. On y vit, entre autres,
tous les réfugiés Polonais y Espagnols ^ Allemands et Italiens avec leurs bannières, que salua de ses acclamations une immense multitude!
Pourtant, à la suite du convoi, de dix heures à trois heures du soir, et depuis la place de la Concorde jusqu'au pont d'Austerlitz , Tinsurrection , longuement préméditée, ne préluda que par quelques rixes avec des hommes de police et par les cris : j4 -bas Philippe! Plus de Bourbons! et P^ii^e la République! Mais là, et après des discours d*adieux, le cercueil, emporté pour une lointaine destination, manquant à Témeute , elle y substitua une voiture de place, dételée et traînée à bras, dans laquelle M. de La Fayette venait de monter pour rentrer chez lui. C'est un fait certain qu'il y eut un moment où ceux qui traînaient ainsi ce célèbre personnage, soit colère de ses exhortations à rentrer dans l'ordre, soit rage insurrectionnelle, conçurent le projet de l'assassiner, d'imputer au Gouvernement ce meurtre, et de faire de son corps sanglant le signal d'un soulèvement universel !
Mais ils n'en eurent pas besoin : derrière cette ovation si périlleuse, prjès de l'Arsenal, un autre signal avait suffi. Un homme à cheval, coiffé de l'infâme bonnet rouge , venait d'arborer un drapeau de même couleur. Aussitôt une foule d'hommes armés étaient apparus. Deux escadrons de Dragons, spectateurs inoffensifs rangés en bataille , se trouvaient là. Attaqués à coups de feu ils se virent contraints d'y répondre. Dès lors, et aux cris de : Aux armes! On nous égorge !hL révolte en un instant se propagea , dépava les rues ,