CHAPITRE I
désarma , égorgea les postes surpris , assaillit les prisons, les deux Préfectures, s'empara d'une poudrière, et gagna le centre de Paris jusqu'à la place des Vie* toires.
On sait le reste : le rappel battu , la Garde Nationale et ta garnison arrivant, mais tard, mais entrecoupées par Tinsurrectiota , et, à la fin de cette journée, le succès delà répression incertain encore. Maiscequ*on ignore, c'est, dans ce premier moment , où, comme sur tous les champs de bataille^ chaque l>eure perdue peut tout perdre, ce que fut l'étonnement, l'hésitation même, qui agita le Conseil. C'est ici, surtout, que cette maxime Gouverner c'est Choisir apparut dans toute sa vérité , et qu'on Vit combien le salut d'un Etat peut dépendre du choix d'un homme! Il y en eut dei^x, ce jour-là, qui nous sauvèrent, Lobau et Montalivet.
Le Roi était à Saint-Cloud , son Conseil aux Tuileries. A la première nouvelle du danger, le pain des troupes que dans ce Conseil et comme en i83o, on oubliait, fut commandé à tous les fours de la banheue par le ministre. En même temps Lobau , que le Conseil fait appeler, rend compte des ordres prompts et vigoureux qu'il vient de donner. Sur quoi l'un des ministres, l'interrompant , lui dit qu'il fallait craindre de trop s'engager; qu'on devait user avec le peuple de plus de ménagements. Mais Lobau, invoquant cette responsabilité dont le poids est si lourd dans le péril, etdont l'acceptation, plus ou moins nette, donne la mesure du chef sur qui elle pèse , répond : « Que « ce n'est pas ainsi qu'il entend agir! Que ceci est la
« guerre; que, la plus courte étant la meilleure, pour « terminer celle-ci il y faut, comme à toute autre, de c( I audace! et des balles, et de la mitraille, et le ce plus possible! et qu'il va sur-le-champ en venir là î » On n'osa point le contredire; et aussitôt, pourraction laissant le conseil , il sort pour tenir parole!
Il fallait pour cela le temps nécessaire. Moment critique! où Tautorité, surprise, avant de pouvoir reprendre l'offensive, est forcée de la subir; où, sans répression encore, l'émeute, comme un torrent prêt à déborder, monte avec fureur, et menaçante frappe, ébranle, à coups redoublés, toutes les digues.
C'était donc l'instant des nouvelles alarmantes : le Conseil en fut assailli ! La consternation s'en emparait lorsqu'au contraire Montalivet, s'échauffant , proposa de mettre Paris en état de siège. Mais ce Conseil se trouvait réuni dans le même lieu où celui de Charles X, en i83o, avait succombé. La situation semblait comparable, cette proposition complétait le rapprochement. L'un des ministres en fit la remarque; et, le trouble s'en augmentant, cette mesure, que d'Argout seul appuya, fut repoussée.
Cependant le péril croissait! Les rapports , de plus en plus alarmants, accouraient de toutes parts. L'un disait une partie de la Garde Nationale mêlée à Témeute; d'autres annonçaient la saisie des barrières, l'enlèvement de tous les postes ; un dernier ajouta ^méme, qu'un bataillon de ligne, repoussé, fuyait en désordre. Bientôt enfm le bruit des feux de l'insurrection , se rapprochant , pénétra dans le Conseil : il y porta à son comble l'anxiété. Deux de ses membres