‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 23 sur 302 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

était encore ignoré mais prévu a Reims. 11 fallaùl à Napoléon un résultat décisif. Il ordonna à Marmont de garder l'Aisne, avec Mortier et dix-huit mille hommes^ contre Blûcher. Quant à lui-même, il se décide à ua coup désespéré! Les rapports lui disaient Schwartzenberg encore à Pont ou Nogent-siir*Seine^ et même poussant ses corps d'armée sur Paris et Macdonald* Il ne compte autour de lui que seize à dixhuit mille hommes, presque plus de sous-ofliciers , des recrues défigurées par les souffrances , quelques vieux soldats épars dans des cadres vides et informes; jusque dans sa Vieille Garde les différents uniformes étaient mêlés et les armes diverses confondues par des réorganisations successives : c'était évidemment sa dernière ressource. Ce fut à cette poignée d'hommes qa'il osa donner Le signal de le suivre , de se précipiter par Épernay, Fère Champenoise, Plancy et Mœry , au travers de l'Aube, par delà la Seine, dans le flanc ou sur les derrières de la grande armée des Coalisés. Telle fut sa confiance, et la foi en lui fut telle, qu'pn partit encore fièrement , comme pour une victoire assurée , et que lui-même ne désespéra pas du succès d'une aussi téméraire manœuvre ! Il espéra qu'elle fascinerait, qu'elle déconcerterait Schwartzenberg ; que^ au milieu de la confusion de tant d'alliés, leui: surprise Içs ébranlerait, et qu'il pourrait profiter d'un premier désordre.

Il est vrai que, en même temps, il venait d'appeler douze mille hommes de ses forteresses de l'Est, et qu'il comptait que, entre la Marne et l'Aube, Des Nouettes, accourant' de Paris, etMacdonald, Gérard, Oudinot,

revenant de Nangis, lui en amèneraient trente mille autres. Mais il ne les attendit pas : il fallait se hâter et frapper d'abord, afin d'étonner! Ce n'était qu'après coup, et pour redoubler, que, rejoint par ces renforts, il se trouverait à la tête d'environ cinquante mille hommes.

Cette décision prise, ignorant celle de l'ennemi. Napoléon prévint le Conseil de Régence du danger que Paris allait courir. Il lui prescrivit, en cas d'insuccès, de sauver à temps l'Impératrice et le Roi de Rome.

Ces ordres donnés, dans la nuit du i6 mars, lorsqu'autour de lui tout sommeillait , lui seul , quoique déjà couché, travaillait encore. Sa pensée, qu'il déplaçait ou fixait tout entière à volonté , il venait en ce moment de la porter vers l'Aube. Il interrogeait l'officier du génie attaché à son cabinet , sur les divers chemins qui devaient l'y conduire. L'un des devoirs de cet officier était de recueillir, chaque jour, tous les renseignements possibles sur toutes les roules qui pouvaient servir aux manœuvres. Au milieu d'une dernière question , à la prononciation embarrassée , au silence qui l'interrompit , à la respiration de plus en plus forte de l'Empereur, l'ingénieur, s'apercevant qu*îl venait de s'endormir, fut tenté de se retirer pour se reposer lui-même. Mais d'Albe, qu'il remplaçait, l'a^ vait averti qu'en pareil cas il fallait attendre. Napoléon ayant cette faculté singulière d'entrecouper à son gré, par le sommeil, ses méditations et ses entretiens, sans jamais en perdre le fil. Toutefois, après trois quarts d'heure d'attente , Athalin allait se retirer, quand, à son extrême surprise, m'a-t-ildit, l'Em-

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