‹ Histoire et mémoires (volume 2)Chapitre 247 sur 302 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

sur-mer la troisième. Toutes trois furent malheureuse."". Il n'échappa à la première qu*à demi mourant d'une maladie cruelle, et se réfugia en Suisse près de sa mère. Là , capitaine d'artillerie à l'imitation de son oncle , il tenta d'obtenir, comme lui , un commencement de célébrité par quelques écrits politiques et militaires. Ces écrits , ses paroles , ses actes d alors , ceux subséquents, et ses efforts constants et multipliés pour rattacher à sa cause nos mécontents, Topinion, enfin, de ceux qui croient le connaître , tout semble prouver que dès lors, comme aujourd'hui, une exclusive , une forte et persévérante conviction Ta dominé, celle que son Droit et son Destin le porteraient infailliblement, un jour, soit comme Empereur, soit autrement , à la tête de la France !

C'est sous l'influence de cette idée, forte comme toutes les idées fixes, de cette pensée dont la persistance audacieuse n'est point sans grandeur, qu'il a tenté deux efforts qui ont échoué : le premier intempestif, mais mieux préparé qu'on ne pense, et le second follement téméraire.

La date de la première de ces tentatives est l'année i836, où ce récit vient de parvenir; le but, une révolution impériale et militaire ; le lieu , Strasbourg, où il avait gagné le chef du 4*"* régiment d'artillerie. A peine assuré de ce colonel et vraisemblablement de quelques autres , mais plus éloignés, le jeune Napoléon s'introduit furtivement, le 28 octobre au soir, dans cette ville de guerre. Le surlendemain 3o, avant six heures du matin , suivi de quelques amis obscurs , et revêtu dliabits semblables à ceux restés

historiques de son oncle, il se montre aux artilleurs du 4*"* 9 osant ainsi livrer sa vie et sa fortune au hasard du succès des séductions de leur colonel.

Celui-ci venait de les niettre sous les armes, dans leur caserne , à Tinsu de leurs officiers , en leur absence 9 et de gagner ces soldats par une distribution d'argent, par des promesses d'avancement et des nouvelles fallacieuses. Les ayant ainsi préparés, dès que Louis- Bonaparte parait devant eux , il le leur présente. « Soldats du 4*""! leur dit-il, une révolution « vient d'éclater en France ! Louis-Philippe est dé- « chu du Trône! Napoléon II vient le remplacer! ce Criez, Fwe r Empereur! » A ce cri répété, Louis- Napoléon, à son tour, les harangue , et un même enthousiasme lui répond.

Aussitôt tous deux forment trois détachements sous des chefs qu'ils improvisent. Ils les envoient s'emparer simultanément du préfet , du général commandant le département, et d'une imprimerie, d'où leurs proclamations doivent se répandre. En même temps eux-mêmes, en tête du reste de leurs canonniers, marchent rapidement au quartier général de la division. Ils pénètrent sans obstacle jusqu'au généra] qui la commande, a Venez! s'écrie le jeune Bonaparte en « l'apercevant, venez, brave général Voirol, que je « vous embrasse; et reconnaissez en moi Napoléon II, « votre Empereur! » Repoussé par ce général, il le laisse sous la garde de douze artilleurs, et court au quartier du 46*""* de ligne; mais les officiers le repoussent également, et excitent leurs soldats à le saisir. On se jette, sur lui, on déchire ses vêtements, on lui ar-

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