CHAPITRE VI
rache ses insignes, et, abandonné des siens , il est retenu prisonnier, à son tour, dans cette caserne.
Ainsi se termina cette courte et déplorable écliauffourée. Elle ne produisit, en France, d'autre émotion que celle de la plus grande surprise à la nouvelle d'un acte aussi téméraire, fondé sur une si inconce- Table illusion.
Quinze joursaprès, le jeune Prétendant partait pour TAniérique Septentrionale. Le Roi l'avait rendu à la liberté ; soit générosité, en cédant à l'intercession de la Reine Hortense , accourue jusque dans Paris , soit que diverses convenances politiques l'y eussent décidé : détermination d'autant plus louable qu'elle fut prise en dépit des clameui^ de l'Opposition, qui alors, et au nom de l'égalité, réclama l'impunité de tous les complices.
En ce moment s'accomplissait en Algérie, sous le maréchal Clausel et le Duc de Nemours, le désastre de Constantine. En même temps la Police, armée de la loi d'avril i834 contre les associations et des lois de septembre i835 , ne cessait de lutter dans Paris contre les machinations du parti démagogique. Toutefois l'incorrigible légèreté française recommençait à s'étourdir sur ce danger, lorsque, le 27 décembre, un quatrième régicide vint compléter les sombres agitations de cette année i836, souiller encore une page de notre histoire, et nous replonger dans une consternation nouvelle !
Ce jour-là , vers une heure après midi , les deux Chambres et les grands personnages de l'État, réunis au Palais des Députés, attendaient que le Roi vint
ouvrir la se^ion nouvelle. Déjà la Reine et les Princesses étaient arrivées, quand, dans leur tribune, une soudaine exclamation d'horreur, qui passa de bouche en bouche, nous apprit qu'on venait d'attenter encore à la vie du Roi !
Peu d'instants après , à son entrée ferme et calme au milieu de nous, à la vue du sang, coulant encore sur le front de ses trois fîis , éclata , en acclamations longuement prolongées, le double sentiment qui nous animait : l'un, de reconnaissance pour la Providence protecirice de ce bon Prince; l'autre, de colère contre tant d'infamies d'en bas , si déshonorantes pour cette noble France que nous représentions , et que nous nous efforcions de maintenir au premier rang de la civilisation moderne.
La session ouverte, les deux Chambres entières s'étant transportées d'un mouvement spontané chez le Roi, pour le féliciter d'avoir échappé à ce nouvel attentat, en apprirent les détails. Cette fois l'assassin , posté sur le Quai des «Tuileries^ à cent pas de la grille du jardin, avait fait feu sur Louis-Philippe, à l'instant où, saluant le drapeau d'une Légion, ce Prince avançait la tête hors de sa voiture. La balle avait brisé l'une des glaces, dont les éclats avaient blessé, au visage, les Ducs d'Orléans et de Nemours et le Prince de Joinville. Pendant que le Roi s'était montré au peuple en souriant pour le rassurer, la foule, furieuse, s'était précipitée sur le meurtrier : on l'avait, avec peine, arraché à l'indignation universelle!